Si la morale vient de l'évolution, pourquoi soigner les faibles ?
Si la morale descend de l'évolution, autrement dit de la survie du plus apte, alors les hôpitaux, la protection des vieillards et l'empathie envers les faibles sont exactement l'inverse de ce que la sélection naturelle récompenserait. La morale que nous pratiquons réellement n'est donc pas d'origine évolutive.
Sommaire
L'argument
Le contexte
On entend souvent que la morale humaine viendrait de l'évolution, et que l'empathie serait une réaction sélectionnée par la pression darwinienne. Cette thèse s'effondre dès qu'on remarque que les comportements moraux les plus valorisés sont précisément ceux que l'évolution, prise au sérieux, devrait éliminer.
Le raisonnement
La thèse est connue. La morale des incroyants viendrait, pour l'essentiel, de l'évolution. Quelqu'un en larmes déclencherait une réaction d'empathie héritée de la sélection. Coopération, empathie, altruisme auraient été retenus parce qu'ils favorisaient la survie du groupe et la transmission des gènes.
2Les larmes, un contre-exemple immédiat
Qu'on imagine un promeneur croisé dans un parc en hiver, les yeux humides, simplement à cause du froid. Personne ne ressent d'empathie pour lui, parce que la cause des larmes est connue et triviale. La réplique habituelle consiste à dire que la thèse parlait du contexte émotionnel, mais c'est déjà un aveu. La supposée réaction évolutive n'est pas un réflexe automatique face à des larmes, elle dépend d'un jugement cognitif sur leur cause. Ce n'est donc pas un instinct biologique pur, c'est une évaluation morale préalable.
Autre cas, un procès médiatisé où l'une des parties pleure à l'audience. Beaucoup de spectateurs ne ressentent aucune compassion, parce qu'ils soupçonnent de la manipulation. L'empathie dépend encore d'un jugement, pas d'un automatisme.
3Le vrai problème, les hôpitaux
L'évolution repose sur la survie du plus apte. Selon ses principes larges, les hôpitaux modernes n'ont aucun sens. Ils gardent en vie des personnes âgées qui ne contribuent plus à la reproduction. Ils gardent en vie des handicapés qui n'auraient pas survécu à l'état sauvage. Ils gardent en vie des malades incurables par compassion, pas par utilité. Ils engloutissent des ressources considérables pour prolonger des vies jugées non viables
par tout critère darwinien.
Selon la logique strictement darwinienne, c'est un gaspillage anti-évolutionnaire. Il faudrait laisser mourir les faibles et concentrer les ressources sur les forts. Nous faisons exactement l'inverse. Nous protégeons les vulnérables au prix de ressources qui auraient pu servir à la reproduction des mieux adaptés.
4Le dilemme
Face à ce constat, une seule alternative s'offre à qui tient la thèse naturaliste. Soit les hôpitaux sont moralement bons, et dans ce cas la morale contredit l'évolution, donc l'évolution ne la fonde pas. Soit les hôpitaux sont moralement mauvais, et il faut assumer qu'il faudrait laisser mourir vieillards, handicapés et incurables, ce qui horrifie à peu près tout le monde, y compris celui qui tenait la thèse au départ.
Une esquive existe. Les vieux auraient quelque chose à transmettre, une expérience utile. La réplique est immédiate. Pourquoi les parque-t-on alors dans des maisons de retraite jusqu'à la mort ? La société moderne ne valorise plus vraiment l'expérience des anciens, elle les maintient en vie par obligation morale, pas par calcul d'utilité.
5L'évolution ignore la notion de droit
L'évolution ne se soucie pas des droits. Elle se soucie de la survie du plus apte et de la transmission des gènes. La catégorie même de droit humain
est étrangère au darwinisme. L'évolution ne produit pas d'obligations morales, elle produit des survivants; parler de devoirs envers les faibles suppose déjà un Législateur. Dire les vieux ont des droits
est déjà parler un langage moral qui ne peut pas venir de la nature aveugle.
6L'incohérence finale
Une dernière parade consiste à dire que le contexte a changé, que la médecine, les supermarchés et la vie urbaine ont rendu l'évolution inapplicable. Cette concession scelle l'argument. Si la morale moderne ne correspond plus à l'évolution, alors elle ne vient plus de l'évolution, et l'évolution n'est plus sa source. La thèse se réfute elle-même. Et si la morale s'est libérée
de la nature, il faut une autre source pour la fonder. La nature aveugle ne convient pas. Il faut chercher ailleurs.
Position islamique
Le Coran fonde la morale sur un principe simple : Et ton Seigneur a décrété : n'adorez que Lui ; et traitez bien les parents
17:23. Les vieillards y sont honorés comme sources de sagesse et de prière, et les vulnérables sont protégés par obligation divine à travers la zakat, l'aumône volontaire (sadaqa) et la dotation pieuse (waqf). L'Islam n'a jamais eu besoin de l'évolution pour justifier la compassion, puisque celle-ci procède directement du décret d'Allah, Ar-Rahman, le Tout-Miséricordieux.
Objections courantes et réponses
« L'altruisme réciproque explique l'aide aux faibles »
« La sélection de groupe explique l'empathie »
« Les morales évoluent, c'est normal »
« Peut-être qu'il y a une morale objective sans Dieu »
En résumé
L'évolution peut rendre compte de la survivance de certains comportements coopératifs, mais elle est incapable de fonder une morale prescriptive. Elle décrit, elle ne prescrit pas. La morale que nous pratiquons réellement, hôpitaux, devoirs envers les vulnérables, protection des faibles, va contre ses principes. Il faut donc une source morale qui transcende la nature. Cette source est Allah.
Un naturaliste sophistiqué dirait que la sélection agit au niveau du gène ou du groupe sur des échelles de temps longues, que les hôpitaux sont une extension culturelle de l'empathie sélectionnée dans le cadre tribal ancestral, et qu'il n'y a pas de contradiction strictement scientifique entre évolution et compassion moderne. Ce texte accepte cette description comme explication de l'émergence, il la conteste comme fondation de l'obligation. Expliquer pourquoi on a historiquement développé un sentiment moral n'explique pas pourquoi on est rationnellement tenu de le respecter. Passer du premier au second suppose un saut qu'aucune évolution ne fournit.
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