RéfutationContre Libéralisme

La morale humaniste tient-elle vraiment debout sans Dieu ?

Le libéral humaniste affirme des principes comme « la vie, la liberté, la poursuite du bonheur » et les qualifie d'« évidents par eux-mêmes ». Face aux contre-exemples (fille torturée, utilitarisme, euthanasie, bombardement d'une école iranienne), son cadre s'effondre dans les contradictions, ou se replie sur « c'est juste ce que je ressens ».

7 min de lecture6 arguments

L'argument

Le contexte

Scénario typique. La thèse libérale humaniste soutient qu'une coalition occidentale aurait un cas moral pour intervenir militairement en Iran au nom des droits des femmes. Dès qu'on pousse à justifier le cadre moral, la position libérale séculière finit par reconnaître son incapacité à fonder ses propres principes sans présupposés religieux cachés.

Le raisonnement

1Un cadre affirmé mais non prouvé

À la question au nom de quoi juges-tu l'Iran?, la réponse est libéral humaniste. À la question montre pourquoi il faudrait s'y conformer, la réponse refuse la démonstration et se rabat sur l'idée d'une évidence par soi-même. Évident par soi-même n'est pas une démonstration, c'est l'aveu qu'on ne peut pas démontrer. C'est la signature d'un présupposé religieux caché : une foi non avouée dans des valeurs dont on ne peut rendre compte.

2Le double standard UK / Iran

La thèse libérale affirme que l'Iran opprime les femmes. Selon quel critère? Les musulmans considèrent que l'obligation du voile protège la dignité des femmes. Les femmes britanniques, de leur côté, se retrouvent poussées sur des plateformes de contenu adulte, contraintes par la pression culturelle à se dénuder ou à sortir très peu vêtues, et les enquêtes sur le harcèlement dans les transports publics londoniens montrent une prévalence massive d'agressions et d'attouchements subis. Les autorités locales ont dû placarder des affiches arrêtez de mater les femmes dans le métro. Pour beaucoup de musulmans, c'est cela, l'oppression. Une mère de trois enfants poussée vers des plateformes pornographiques en est l'image même.

La réponse libérale typique juge la comparaison insensée. Ce refus reconnaît implicitement que le critère d'oppression est culturel, pas universel. Ce qu'on appelle évident par soi-même dépend en réalité d'un point de vue occidental particulier.

3L'utilitarisme assume le coup, torturer une fille innocente

Un classique de la philosophie morale : imaginer une fille séquestrée dans un château et torturée quotidiennement, et qu'en conséquence toute la ville prospère. Est-ce moralement acceptable selon ton cadre? La réponse utilitariste cohérente est oui, c'est l'une des conséquences à assumer pour l'utilitarisme. Si la souffrance de cette fille soulageait celle de tous les autres, il faut l'accepter selon les mathématiques de la théorie.

La réplique arrive d'elle-même. Le cadre utilitariste prétend défendre les femmes contre l'oppression, mais il oblige à accepter la torture systématique d'une fille innocente pour le bien collectif. L'Iran est jugé assez oppressif pour justifier une guerre, et une fille torturée pour le bonheur majoritaire, cela est toléré.

4Le repli sur les droits inaliénables ne sauve rien

Conscient du problème, on peut passer des calculs utilitaristes aux droits inaliénables et décréter que certaines choses sont intouchables. Mais qui décide de ces droits? La réponse, lorsqu'on creuse, est désarmante : moi et mes copains. On se met d'accord entre soi pour proclamer un droit à la vie, à la liberté, à la poursuite du bonheur, et l'on déclare qu'on ne peut pas y porter atteinte. Voilà la fondation ultime de la morale libérale : un accord entre amis. Aucune transcendance, aucune universalité, aucune raison pour un non-occidental ou un non-libéral de s'y plier.

5Contradictions internes sur la préservation de la vie

La thèse libérale affirme : Je crois à la préservation de la vie. Les contradictions s'empilent :

  • Le Royaume-Uni vient de voter une loi autorisant l'avortement jusqu'à la naissance.
  • L'euthanasie est en train d'être légalisée, et elle est typiquement défendue pour un vieillard en phase terminale.
  • Les prisons britanniques utilisent l'isolement prolongé, reconnu par l'ONU comme de la torture.
  • On défend le droit d'un militaire à tuer, en autorisant l'usage d'une force excessive sanctionnée par le gouvernement, tout en condamnant les militaires iraniens.

Si l'on préserve la vie, pourquoi accorder l'euthanasie à ceux qui souffrent psychologiquement? Et où s'arrête la pente glissante? On peut justifier la même délivrance non pour un vieillard en phase terminale, mais pour un jeune homme qui traverse une grande douleur, et lui demander s'il veut être délivré de sa misère. Un chagrin d'amour terminal, par exemple. C'est précisément ce qui nourrit l'épidémie actuelle de gens qui se donnent la mort. Ouvrir la porte à on peut te tuer si tu souffres trop n'est pas une position pro-vie.

6Le fond du désaccord, je n'aime simplement pas

Sur les peines islamiques (hudud), elles sont qualifiées de torture. Sur quelle base morale, exactement? Le fond du désaccord, lorsque les arguments sont épuisés, est désarmant de simplicité : je n'aime pas, c'est tout. Voilà l'aboutissement de la structure libérale. En dernière analyse, la morale humaniste séculière se réduit à des préférences émotionnelles. Pas une vérité. Pas un principe universel. Une préférence culturelle occidentale contemporaine, projetée comme norme universelle.

Position islamique

La morale islamique est fondée sur la révélation divine. Dieu, celui qui a créé l'humain, connaît la nature humaine et indique ce qui est bien et ce qui est mal. Cette fondation transcendante permet à l'éthique islamique d'être :

  • Objective : le bien et le mal ne dépendent ni de moi et mes copains ni d'un calcul utilitaire changeant.
  • Universelle : elle s'applique à tous les humains en tant qu'humains.
  • Cohérente : elle ne produit pas de contradictions du type pro-vie mais pour l'euthanasie.

L'Islam n'a pas besoin de qualifier ses principes d'évidents par soi-même, ils sont révélés et explicitement argumentés. Le musulman peut dire exactement d'où vient sa morale et pourquoi elle l'oblige.

Objections courantes et réponses

Objection
« Ma morale est pragmatique, réduire la souffrance, maximiser le bonheur »
Réponse
Pourquoi réduire la souffrance? C'est déjà un postulat moral non démontré. Un masochiste pourrait dire : je veux maximiser la souffrance. Un nihiliste pourrait dire : rien ne compte, donc autant tout brûler. Tu présupposes que la réduction de souffrance est bonne, mais cela t'oblige à accepter la torture d'une fille innocente si cela réduit la souffrance globale. Tu n'as pas de réponse à cette expérience de pensée.
Objection
« Il est évident par soi-même qu'il ne faut pas torturer »
Réponse
Si c'était évident par soi-même, il n'y aurait pas eu besoin de trois mille ans de philosophie morale. Les sociétés qui ont pratiqué l'esclavage, le sacrifice humain ou les exterminations ethniques trouvaient leurs pratiques évidentes par elles-mêmes aussi. Évident par soi-même est un drapeau planté par celui qui refuse de fournir un argument.
Objection
« Tu dis cela parce que tu es religieux, tu as ton propre problème »
Réponse
Non. Dans un débat honnête, chaque camp doit pouvoir justifier son propre cadre, pas simplement renvoyer la charge. Le cadre islamique se fonde sur la révélation d'un Créateur transcendant, et il peut expliquer pourquoi cela fonde l'éthique. Le cadre libéral-humaniste, lui, se réduit finalement à un consensus social de l'époque, moi et ceux qui pensent comme moi. L'asymétrie est dans la structure de la justification, pas dans l'affirmation brute.
Objection
« Les droits humains sont universellement reconnus »
Réponse
Non. Ils ont été formulés majoritairement par des intellectuels occidentaux après 1945. Beaucoup de cultures et de civilisations ne les reconnaissent pas comme fondation unique de la morale. Et même à l'intérieur des pays occidentaux, la liste varie selon les époques et les partis politiques. Ce qui est universel change tous les dix ans. Pas un ancrage fiable.
Objection
« Mais les principes islamiques sont aussi subjectifs »
Réponse
Non, ils sont ancrés dans un texte révélé et une tradition interprétative cohérente depuis quatorze siècles. On peut citer le verset qui fonde tel principe, l'école juridique qui l'a élaboré, les conditions de son application. Aucun équivalent ne peut être cité pour la poursuite du bonheur comme droit inaliénable, sauf au mieux un texte de 1776 rédigé par des hommes qui pratiquaient l'esclavage.

En résumé

Le cadre libéral humaniste ne peut pas se justifier lui-même. Sous la pression argumentative, il oscille entre trois positions intenables.

Aucune de ces positions ne fournit une base morale objective. Ce qu'on présente comme évidence universelle est un empilement de préférences culturelles occidentales contemporaines, sans fondation transcendante. Cela ne signifie pas que le libéral a tort sur tout, mais qu'il n'a aucune autorité pour juger moralement une autre civilisation, encore moins pour la bombarder.

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