RéfutationContre Athéisme

D'où vient l'univers si personne ne l'a créé ?

L'univers a eu un commencement. Tout ce qui commence à exister a une cause. Cette cause ne peut être ni le néant, ni l'univers lui-même : elle est nécessairement extérieure, éternelle, et indépendante.

9 min de lecture7 arguments

L'argument

Le contexte

La réponse athée typique face à l'origine de l'univers est je ne sais pas. Mais je ne sais pas n'est pas une réponse, c'est un refus d'enquêter. Le raisonnement déductif permet d'avancer sans preuves matérielles directes, à partir d'un principe que personne n'applique différemment dans la vie quotidienne.

Le raisonnement

1Tout ce qui commence à exister a une cause.

Ce principe, formulé de cette manière précise par la tradition du kalām, évite un piège fréquent. Dire tout effet a une cause permettrait de rétorquer alors Dieu lui-même a une cause. Dire « tout ce qui commence à exister a une cause » exclut d'emblée ce qui est éternel et sans commencement, tout en conservant la force de l'intuition causale. C'est le principe le plus universel et le moins contesté de la connaissance humaine. Un caillou qui roule, une maison qui prend feu, un enfant qui naît : aucun de ces événements ne surgit du néant. Jamais, dans l'expérience, la physique ou l'histoire, on ne rencontre quelque chose qui commence à exister sans cause.

2L'univers tel qu'on l'observe a un commencement temporel.

Le modèle du Big Bang décrit un commencement temporel de l'univers observable il y a environ 13,8 milliards d'années. Ce n'est pas une thèse théologique, c'est le consensus cosmologique actuel. Un théorème cosmologique plus récent, celui de Borde-Guth-Vilenkin (2003), ajoute que tout espace-temps classique en expansion cosmique moyenne positive dans le passé possède une frontière géodésique passée, c'est-à-dire qu'on ne peut pas remonter indéfiniment en arrière dans ce type de modèle.

Il faut être honnête sur la portée de ce théorème. Il ne prouve pas un début absolu au sens métaphysique. Il s'applique à l'espace-temps classique, pas au régime quantique primordial que physique quantique et gravitation devraient décrire au voisinage du Big Bang. Les modèles avec phase de contraction (bouncing) ou espaces-temps purement quantiques ne satisfont pas ses hypothèses. Guth, l'un des co-auteurs, déclare d'ailleurs publiquement qu'il pense que l'univers pourrait être éternel. Vilenkin lui-même a nuancé à plusieurs reprises que son théorème n'exclut pas toute forme de prédécesseur.

Ce que le théorème établit est plus modeste mais suffisant pour l'argument cosmologique : les scénarios les plus naïfs d'univers éternellement remontant sur un espace-temps classique ne tiennent pas. La question d'une frontière ou d'un prédécesseur reste ouverte, mais le poids épistémique penche vers un commencement.

3Trois possibilités, pas une de plus.

L'origine de l'univers n'admet que trois réponses logiquement concevables. Soit rien ne l'a causé (sortie spontanée du néant absolu). Soit l'univers s'est causé lui-même. Soit quelque chose d'extérieur à l'univers l'a fait exister. Ce ne sont pas trois options parmi d'autres : ce sont toutes les options disponibles. Éliminer les deux premières laisse la troisième debout, qu'elle plaise ou non.

4Le néant ne produit rien.

Du rien ne sort rien. Personne ne nie ce principe dans la vie courante. Une boîte vide ne contient rien, et rien n'en sortira jamais, non parce qu'il manque des conditions, mais parce qu'il manque le sujet lui-même. Le néant absolu, par définition, n'a ni capacité, ni potentiel, ni tendance. Il ne peut donc pas être la cause d'un univers qui contient, à cet instant même, des galaxies, des consciences, et cette phrase.

5L'univers ne peut pas se causer lui-même.

Pour que l'univers se cause lui-même, il faudrait qu'il existe avant d'exister, afin d'être disponible comme sa propre cause. C'est une contradiction pure. Un homme ne peut pas être son propre père : il lui faudrait exister avant sa propre naissance pour se concevoir. Cette voie n'est pas une hypothèse scientifique, c'est un cercle logique.

6Il reste une seule option : une cause extérieure à l'univers.

Par pure élimination, on arrive à une entité qui existe indépendamment de l'univers. Elle possède une volonté, puisqu'elle a choisi de créer. Elle possède la capacité de faire passer l'univers de la non-existence à l'existence. Elle n'est pas elle-même contingente : si elle l'était, il faudrait une cause à cette cause, puis une cause à cette cause-là, et ainsi de suite sans jamais rien expliquer. Le raisonnement exige un arrêt sur un être nécessaire, immatériel (puisque la matière appartient à l'univers qu'il a créé), éternel (puisqu'il n'a pas commencé à exister, au sens du principe énoncé au point 1), et hors du temps et de l'espace.

7Le dilemme hors du temps.

Cette dernière propriété se déduit d'une observation simple : celui qui commande simultanément un corps humain en France, le système solaire, et les atomes microscopiques, ne peut pas être lié à l'espace-temps comme nous. Un poisson ne peut pas nager dans l'Atlantique et le Pacifique au même moment. Ce qui cause tout simultanément doit être hors du cadre spatial et temporel dans lequel ces causations s'inscrivent. Et si ce Créateur est hors du temps, les concepts avant, après, attente ne s'appliquent pas à Lui. Cela détruit l'objection pourquoi a-t-Il attendu 13,8 milliards d'années avant de créer ?: il n'a attendu ni une seconde, le temps lui-même est une de Ses créations.

Une nuance philosophique honnête

Un philosophe athée formé ne capitulera pas ici. Il soulèvera deux objections sérieuses.

L'objection humienne. David Hume a montré que la causalité, telle que nous la concevons, est une inférence empirique fondée sur ce que nous observons dans l'univers. Rien ne garantit, épistémologiquement, qu'elle s'applique à l'univers en tant que tout. Réponse : Hume lui-même n'a jamais nié la causalité ; il a analysé sa fondation. Même en acceptant son analyse, l'alternative (un univers qui surgit sans cause) est plus coûteuse épistémologiquement que l'hypothèse d'une cause première. Et nier la causalité universelle mène à l'impossibilité de toute science, laquelle présuppose que les mêmes lois s'appliquent partout.

L'objection des modèles cosmologiques alternatifs. Univers cyclique, multivers éternel, modèles sans bord temporel (Hawking-Hartle). Ces modèles évitent un commencement absolu par construction. Le théorème de Borde-Guth-Vilenkin (2003) met en difficulté les versions les plus simples (univers classique en expansion éternelle), mais les modèles avec contraction, nucléation quantique ou espace-temps non-classique subsistent. Ce qu'elles paient, c'est une dette ontologique : elles remplacent un Dieu éternel, indépendant et nécessaire par un méta-univers éternel, indépendant et nécessaire. Le même type d'entité première réapparaît sous un autre nom, sans qu'on ait réduit le mystère, seulement déplacé sa localisation.

Position islamique

Le Coran invite constamment à la réflexion rationnelle :

Ne réfléchissent-ils donc pas ? (Coran 47:24)

L'Islam ne demande pas une foi aveugle mais une foi fondée sur le raisonnement. Les attributs déduits logiquement correspondent aux attributs divins en Islam : Al-Khāliq (le Créateur), Al-Qādir (le Tout-Puissant), Al-Awwal (le Premier, sans commencement), Al-Ḥayy al-Qayyūm (le Vivant, le Subsistant par Lui-même).

Objections courantes et réponses

Objection
« Je ne sais pas ce qui a causé l'univers »
Réponse
Je ne sais pas n'est pas une réponse, c'est un aveu d'ignorance. Comme un étudiant qui répond je ne sais pas à toutes les questions d'un examen : il obtient zéro, pas parce que ses réponses sont fausses, mais parce que ce ne sont pas des réponses. Si tu ne sais pas, enquête. L'enquête logique mène à une cause première.
Objection
« Il pourrait y avoir d'autres possibilités qu'on ne connaît pas »
Réponse
Affirmer qu'il existe d'autres possibilités sans pouvoir en nommer une seule est une échappatoire, pas un argument. On raisonne avec ce qu'on peut concevoir. Quiconque pense qu'il y a une quatrième option logiquement distincte des trois posées (néant, auto-causation, cause extérieure) est invité à la présenter.
Objection
« L'univers pourrait provenir d'une régression causale infinie »
Réponse
Hilbert et Cantor, au XXᵉ siècle, ont clarifié la différence entre l'infini potentiel (qu'on peut toujours augmenter, comme la suite des nombres entiers qu'on compte) et l'infini actuel (un ensemble contenant déjà une infinité d'éléments réalisés). Les mathématiques permettent de manipuler formellement l'infini actuel en abstraction, mais elles n'établissent nulle part la possibilité de son existence concrète. Une régression causale réelle exige qu'une infinité d'étapes ait été effectivement traversée pour arriver à l'instant présent. Or on ne peut pas atteindre aujourd'hui en descendant depuis l'infini, pour la même raison qu'on ne peut pas atteindre zéro en comptant à rebours depuis une quantité infinie. Le théorème de Borde-Guth-Vilenkin va dans le même sens pour les modèles cosmologiques classiques en expansion, sans toutefois disqualifier les modèles à phase de contraction ou purement quantiques.
Objection
« Dieu peut-Il créer une pierre plus grande que Lui ? »
Réponse
L'objection confond les catégories. En physique, on ne compare pas des quantités de dimensions différentes : demander si dix kilos est plus grand que 163 centimètres n'a aucun sens. Dieu n'est pas mesurable en mètres cubes. Demander une pierre plus grande que Dieu utilise plus grand comme une dimension spatiale, alors que Dieu n'est pas spatialement mesurable. C'est un pseudo-paradoxe, comme demander si un nombre premier est bleu. Un dieu qui viole la logique n'est pas plus puissant, il est incohérent.
Objection
« Alors qui a créé Dieu ? »
Réponse
Question mal formée. Le principe énoncé au point 1 est précis : tout ce qui commence à exister a une cause. Dieu n'a pas commencé à exister, par définition de ce qu'on entend par cause première. Demander qui a créé Dieu revient à demander qui est le père du premier père. « Qui a créé Dieu ? » est une erreur de catégorie.
Objection
« La causalité ne s'applique peut-être pas à l'univers entier »
Réponse
C'est l'objection humienne. Épistémologiquement, elle est recevable : notre connaissance de la causalité vient de l'expérience intra-univers. Mais abandonner la causalité à ce niveau a un coût : cela permet aussi de nier toute explication rationnelle des phénomènes macroscopiques. Si la causalité ne s'applique pas à l'univers-tout, on ne peut ni l'affirmer ni la nier, et on entre en scepticisme généralisé. L'hypothèse d'une cause première reste la plus économique pour rendre compte de ce qu'on observe.
Objection
« La logique est subjective »
Réponse
Dessine un triangle. Un objet 2D à trois côtés s'appelle un triangle, partout, pour tout le monde. La logique n'est pas une opinion. Si elle était subjective, aucune science, aucune mathématique, aucune communication ne serait possible, y compris la phrase la logique est subjective, qui présuppose qu'elle veut dire quelque chose de stable.

En résumé

Par déduction pure, sans aucun texte religieux, on arrive à une entité éternelle, immatérielle, indépendante, dotée de volonté et de puissance, hors de l'espace et du temps, qui a créé l'univers. C'est ce que les musulmans appellent Allah. Le raisonnement ne ferme pas toutes les portes : il déplace le poids de la preuve vers celui qui refuse une cause première.

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