RéfutationContre Athéisme

Mais alors, qui a créé Dieu ?

La question « qui a créé Dieu ? » présuppose que Dieu est soumis aux mêmes règles que ses créatures (temps, espace, causalité) ; or le créateur d'une règle n'est pas soumis à cette règle, l'ingénieur d'un téléphone n'est pas lui-même un téléphone, et Dieu, qui a créé le temps, n'a pas de « passé » au sens temporel du terme.

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L'argument

Le contexte

C'est l'objection athée la plus populaire contre l'argument cosmologique : Si tout a une cause, alors Dieu aussi doit avoir une cause. L'objection semble astucieuse mais repose sur une confusion de catégorie : elle applique les règles de l'univers (temps, causalité, succession) à ce qui est précisément défini comme étant en dehors de ces règles. La réponse classique est une analogie ingénieur/téléphone et par le concept de boucle de permission infinie.

Le raisonnement

1L'argument cosmologique ne dit pas tout a une cause

Contrairement à la caricature athée, l'argument ne pose pas : tout ce qui existe a une cause. Il pose : tout ce qui commence à exister a une cause. Dieu, par définition, ne commence pas à exister : il est nécessaire, éternel, non contingent. La question qui a causé la chose qui par définition n'a pas de cause ? est donc une contradiction dans les termes.

2Analogie de l'ingénieur et du téléphone

Quand un ingénieur conçoit un téléphone, il pré-existe à l'objet qu'il fabrique. Et il n'est pas soumis aux règles qu'il a placées dans l'appareil, parce que le téléphone et l'humain sont deux genres différents: l'un a des circuits, un écran, une batterie, l'autre a un corps, une volonté, une pensée. Dieu se situe dans la même logique: il a créé l'univers, donc il pré-existe à l'univers. Et il n'est pas soumis aux règles (temps, espace, causalité) qu'il a établies à l'intérieur de sa création. L'ingénieur n'est pas lui-même une application téléphonique; le chef cuisinier n'est pas l'un de ses plats. Le créateur d'une règle se situe au-dessus de cette règle.

3La question qui a créé Dieu présuppose le temps

Demander qui a créé X? présuppose une succession temporelle: X a un avant où il n'existait pas encore, et cet avant exige une cause. Mais Dieu est par définition hors du temps, il a créé le temps. Pour lui, il n'y a pas d'avant. Questionner un passé, pour un être qui n'est pas soumis au temps, est contradictoire dans les termes mêmes. L'objection traite Dieu comme une chose dans le temps; or Dieu est ce qui a fait exister le temps.

4L'argument de la boucle de permission infinie

Qu'on imagine un ingénieur obligé, pour inventer un téléphone, de demander l'autorisation à son patron, qui doit lui-même la demander à son supérieur, et ainsi de suite à l'infini. Le téléphone ne sera jamais inventé, parce que l'autorisation ne redescend jamais la chaîne. C'est l'argument contre la régression infinie reformulé : si pour chaque créateur il faut un créateur précédent, rien n'est jamais créé, car la chaîne d'autorisation n'aboutit jamais. Or l'univers existe. Donc quelque part dans la chaîne, il y a une cause qui n'a pas besoin d'autorisation préalable, un créateur ultime, nécessaire par lui-même. C'est ce qu'on appelle Dieu.

5La question s'auto-réfute logiquement

Si l'on accepte la prémisse tout ce qui existe doit avoir un créateur, alors par régression infinie rien ne peut exister, puisque chaque créateur à son tour aurait besoin d'un créateur, et ainsi de suite sans fin. Mais l'univers existe (fait empirique). Donc la prémisse est fausse : il doit exister quelque chose qui n'a pas besoin de créateur. La seule question est : est-ce l'univers lui-même ou est-ce son créateur ? L'univers ne peut pas être non-causé, donc c'est son créateur.

Position islamique

Le Coran répond directement à cette objection dans la sourate al-Ikhlas : Dis : « Il est Allah, Unique. Allah, As-Samad (l'Autosuffisant, vers qui tout se tourne). Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré non plus. Et nul n'est égal à Lui. » (112:1-4). Al-Awwal (le Premier, sans commencement) et Al-Akhir (le Dernier, sans fin) sont parmi les noms divins (57:3). Un hadith anticipe directement la question : le Prophète ﷺ a dit que Satan viendra demander qui a créé telle chose ? qui a créé telle autre ? jusqu'à dire : qui a créé ton Seigneur ? quand cela vous arrive, cherchez refuge auprès d'Allah et cessez.Sahih al-Bukhari 3276, non parce que la question n'a pas de réponse, mais parce qu'elle repose sur une confusion irréparable tant qu'on ne comprend pas la catégorie.

Objections courantes et réponses

Objection
« Pourquoi l'univers ne pourrait-il pas être lui-même non-causé ? »
Réponse
Parce que l'univers porte toutes les marques de la contingence: il change, il est en expansion à partir d'un état antérieur, il est composé de parties qui dépendent les unes des autres, il obéit à des lois qu'il ne s'est pas données. Le modèle cosmologique standard situe d'ailleurs un commencement du temps et de l'espace il y a environ 13,8 milliards d'années. Ce qui commence à exister réclame une cause; Dieu, par définition, ne commence pas. L'asymétrie n'est pas un caprice verbal: c'est la différence entre le contingent et le nécessaire.
Objection
« C'est un cas d'exception arbitraire : tu exonères Dieu des règles que tu appliques à tout le reste »
Réponse
Non, c'est une distinction logique. On applique aux choses contingentes les règles des choses contingentes, et aux choses nécessaires les règles des choses nécessaires. Refuser cette distinction reviendrait à dire qu'il n'existe pas de catégorie nécessaire, mais alors la régression infinie rend toute existence impossible, ce qui est empiriquement faux (l'univers existe).
Objection
« Tu ne fais que déplacer le mystère d'un cran »
Réponse
Non, on arrive à une explication terminale. Une cause non-causée et nécessaire est logiquement suffisante : elle explique tout ce qui est contingent sans elle-même avoir besoin d'explication. Ce n'est pas un déplacement, c'est une résolution.
Objection
« Alors Dieu existe en-dehors du temps, c'est incompréhensible »
Réponse
Incompréhensible ne signifie pas incohérent. Nous ne visualisons pas non plus un espace-temps courbe à quatre dimensions, mais la relativité est cohérente et vraie. La finitude de l'imagination humaine n'est pas un critère de vérité ontologique.

En résumé

L'objection qui a créé Dieu n'est pas un contre-argument, c'est une erreur de catégorie : elle applique à l'éternel les règles du temporel, au nécessaire celles du contingent. Une fois la distinction comprise, l'objection perd sa force. Dieu, par définition, est celui qui n'a pas de créateur, sinon ce ne serait pas lui le créateur ultime. La logique du contingent exige un non-contingent : le raisonnement s'arrête au Nécessaire.

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