Pourquoi faudrait-il qu'un être existe nécessairement ?
Tout ce qui existe dans l'univers dépend d'autre chose pour exister. Cette chaîne de dépendances ne peut pas remonter à l'infini : il faut un être qui n'a besoin de rien, qui existe par lui-même, et qui fait exister tout le reste.
Sommaire
L'argument
Le contexte
Beaucoup disent croire en quelque chose
sans s'engager dans une religion : un Dieu lointain, vague, philosophique. L'argument de contingence montre qu'on ne peut pas s'arrêter là. Si on suit la logique honnêtement, elle ne mène pas à un Dieu vague, mais à un être précis, doté d'attributs identifiables, et capable de communiquer avec sa création.
Le raisonnement
Tout être qui existe relève d'une seule de deux catégories. Soit il existe par lui-même, sans rien devoir à quoi que ce soit : il est nécessaire. Soit il dépend d'autre chose pour exister : il est contingent. Pas de troisième voie. C'est une partition logique exhaustive.
2L'univers entier est contingent.
Le test de dépendance est simple. Tout ce qu'on voit autour de nous a besoin d'autre chose pour exister : prenez n'importe quoi et demandez de quoi cela dépend-il ?
. Pour que Google existe, il faut Internet. Pour Internet, il faut des ordinateurs. Pour les ordinateurs, il faut des humains, de l'électricité, des matériaux. Pour l'électricité, il faut une source d'énergie. Pour les humains, il faut une histoire évolutive. Pour cette histoire, il faut une planète. Pour la planète, il faut un système solaire. Pour le système solaire, il faut un univers. Pour l'univers, il faut le Big Bang. Pour le Big Bang, il faut une cause à ce Big Bang.
À chaque maillon, la même question recommence. C'est exactement le visage de la dépendance: aucun de ces éléments ne se tient seul.
3Une chaîne infinie de dépendances ne peut pas tenir.
Imaginons un instant que la chaîne soit infinie. Dépendant. Dépendant. Dépendant. Dépendant. Sans fin. Le problème n'est pas la longueur, c'est la structure : une chose qui dépend entièrement de la suivante, qui elle-même dépend entièrement de la suivante, et ainsi à l'infini, n'a au final aucun fondement réel. Aucune raison d'exister ne s'enracine quelque part. C'est comme prétendre qu'une mère peut s'enfanter elle-même : la cause coïncidant avec l'effet, on tourne en rond.
Le temps ne crée rien. L'objection avec un temps infini, l'univers a pu apparaître par hasard
ne tient pas : le temps n'est pas un ingrédient. Donnez à un univers vide un temps infini, vous n'obtiendrez ni Ferrari, ni galaxie, ni cellule vivante : si les composants ne sont pas là, la durée n'y change rien. Le temps n'a pas le pouvoir de produire de la matière à partir de rien. Il faut quelque chose qui ait en lui-même la capacité de faire exister.
Donc on doit s'arrêter quelque part. Il faut un point où la dépendance cesse. Cet être qui ne dépend de rien, c'est ce que les philosophes appellent l'être nécessaire. C'est ce que les musulmans appellent Allah.
4Cet être nécessaire ne peut pas être l'univers, et il ne peut être qu'un.
L'objection naturelle est : pourquoi pas l'univers lui-même ?
. Réponse : parce que c'est se contredire. Un être nécessaire est par définition indivisible, autosuffisant, indépendant. L'univers est l'inverse : composé, divisible, soumis à des lois qu'il ne s'est pas données, en expansion à partir d'un état antérieur. Appeler l'univers nécessaire
revient à attacher un mot à son contraire.
Deux nécessaires s'annulent. S'il y avait deux êtres nécessaires
, chacun limiterait l'autre. Pour que l'un règne sur sa moitié, l'autre devrait s'effacer ou être tenu en respect. Or un être qui peut être tenu en respect par un autre est, par définition, dépendant : il a besoin que l'autre coopère pour subsister. Le Coran formule la même intuition : S'il y avait dans les cieux et la terre des divinités autres qu'Allah, tous deux seraient certainement ruinés
(21:22). Deux êtres réellement souverains ne peuvent pas coexister sans se neutraliser, donc sans cesser d'être souverains.
5Cet être nécessaire a des propriétés.
Tout ce qui existe possède des propriétés : on ne peut pas identifier quelque chose qui existerait sans aucune. La seule chose dépourvue de propriétés est le néant, et le néant n'existe pas. L'être nécessaire a donc des attributs identifiables, et certains se déduisent immédiatement de son rôle.
Ses attributs se déduisent. Il a une capacité de créer, puisque c'est par lui que l'univers est passé du non-être à l'être. Il a une intelligence, parce que tout ce qui présente un design pointe vers une intelligence : l'ADN avec ses 3,4 milliards de lettres est un code, et un code suppose un codeur. La sélection naturelle peut expliquer l'évolution des organismes une fois qu'ils existent, mais pas l'apparition du code génétique lui-même ni de la première cellule capable de se répliquer : il faut déjà un système d'information avant que la sélection puisse opérer dessus. Il a une volonté, parce que l'intelligence sans volonté ne produit rien : il faut décider de réaliser le plan. Il est indépendant par construction, puisque c'est ce qui le distingue de tout le reste.
6De l'être nécessaire à la révélation.
Si cet être est intelligent, il est capable de communiquer. Il a donné aux humains la capacité de communiquer entre eux ; il serait étrange qu'Il s'en abstienne avec eux. Et si nous avons un but pour lequel nous sommes ici, ce but ne peut nous être connu que par Lui. La révélation devient alors le moyen normal de combler l'écart entre les quelques traits que la raison déduit de Lui, et le tableau complet de qui Il est.
Le déisme ne tient pas. Un Dieu intelligent qui crée des êtres intelligents pour ensuite les laisser deviner leur but ressemble moins à un Dieu sage qu'à un père absent. La logique de la contingence ne s'arrête pas à il y a une cause
; elle ouvre directement sur la nécessité d'une parole.
Une nuance philosophique honnête
Un philosophe formé soulèvera deux objections sérieuses, qu'il faut nommer.
D'abord, la distinction entre épistémique et ontologique. Vouloir comprendre pourquoi l'univers existe (besoin d'explication) n'est pas la même chose que prouver qu'il a besoin d'une cause (besoin métaphysique). L'argument de contingence franchit ce pas en posant que ce qui est contingent ne porte pas en soi la raison de son existence. C'est précisément ce passage que le débat philosophique conteste.
Ensuite, certains philosophes (comme Graham Oppy) acceptent qu'un être nécessaire existe, mais refusent de l'identifier à un Dieu personnel : ils proposent que l'univers lui-même, ou ses lois fondamentales, jouent ce rôle. Cette position se heurte à la contingence manifeste des constantes physiques (qui auraient pu être autres), incompatible avec la nécessité ontologique prétendue. Elle déplace le problème plus que ça ne le résout : si l'univers est nécessaire, alors ses constantes physiques, ses conditions initiales et ses lois doivent l'être aussi, ce qui est très difficile à tenir au vu de la contingence manifeste de tous ces paramètres (le réglage fin des constantes physiques, par exemple, montre qu'elles auraient pu être autres). On retombe alors sur l'argument du fine-tuning, qui demande pourquoi ces paramètres précis plutôt que d'autres.
Cette nuance ne casse pas l'argument, elle indique où se situe le vrai débat philosophique : pas sur l'existence d'un être nécessaire, mais sur ce qu'il est.
Position islamique
Le Coran formule cette logique de contingence en une question qui démonte d'emblée les autres options :
Ont-ils été créés à partir de rien, ou sont-ils eux-mêmes les créateurs ?(Coran 52:35)
Trois possibilités : créés par eux-mêmes (impossible, on ne peut pas s'enfanter soi-même), créés à partir de rien sans cause (incohérent, le néant ne produit rien), ou créés par un Autre. Reste donc l'Autre.
Le concept islamique de Dieu correspond exactement aux attributs déduits par la raison : Al-Qayyūm (le Subsistant par Lui-même), Al-Ghanī (l'Autosuffisant), Al-Khāliq (le Créateur), Al-ʿAlīm (l'Omniscient). L'Islam affirme aussi que Dieu a effectivement communiqué avec l'humanité par les prophètes et la révélation, exactement ce que la logique de contingence rend nécessaire.
Objections courantes et réponses
« Pourquoi appeler cela Dieu ? C'est juste une cause non causée. »
cause non causée,
être nécessaireou
substance première, l'essentiel est de reconnaître qu'il existe et qu'il a les attributs déduits (intelligence, volonté, indépendance). À partir de là, la question suivante n'est plus si un tel être existe, mais s'il a parlé. Et c'est là que la révélation entre en jeu.
« Je crois en Dieu mais pas en les religions »
« Peut-être que la cause première n'est pas intelligente »
Victorécrit en six lettres sur une plage, personne ne pense
c'est l'érosion du vent. On reconnaît immédiatement une intelligence. L'ADN est un code de 3,4 milliards de lettres qui se réplique, transmet des traits d'une génération à l'autre, et porte des instructions précises pour construire un organisme. Si six lettres sur le sable exigent un auteur, un code complet à l'échelle du génome humain en exige un à plus forte raison. Chaque code appelle un codeur.
« Tout cela pourrait être dû au hasard »
c'est arrivé par hasardn'est pas une explication, c'est une absence d'explication déguisée en réponse. Et l'objection
avec un temps infini, tout devient possiblene tient pas : le temps n'est pas un ingrédient. Donnez à de l'eau et du sable un temps infini, vous n'obtiendrez jamais une Ferrari, parce que les composants nécessaires ne sont pas là. Le temps amplifie ce qui peut arriver, il ne crée pas ce qui ne le peut pas.
« Pourquoi une régression infinie serait-elle impossible ? »
« Vous commettez une fallacy de composition »
« Et qui a créé Dieu, alors ? »
combien de jours dans une semaine, oui ou non ?: la grammaire est correcte, le format ne s'applique pas. L'argument même qui force à reconnaître un être nécessaire interdit de Lui appliquer les mêmes catégories qu'aux choses contingentes. « Qui a créé Dieu ? » est une erreur de catégorie.
En résumé
Sans aucun texte religieux, par la seule rationalité, on aboutit à un être nécessaire, indépendant, unique, intelligent, doté de volonté, capable de créer et de communiquer. Cet être, les musulmans l'appellent Allah. Et puisqu'il est intelligent et communique, on peut chercher où Il a parlé : c'est la fonction de la révélation, et c'est ce que le Coran prétend être.
À lire ensuite.
- 01
D'où vient l'univers si personne ne l'a créé ?
L'univers a eu un commencement. Tout ce qui commence à exister a une cause. Cette cause ne peut être ni le néant, ni l'univers lui-même : elle est nécessairement extérieure, éternelle, et indépendante.
Réfutation · 9 min - 02
Dieu peut-il créer une pierre qu'il ne peut pas soulever ?
Prétendre qu'un dieu « tout-puissant » peut tenir des contradictions logiques (être à la fois contingent et nécessaire, fini et infini, créer une pierre qu'il ne peut soulever) ne le rend pas plus puissant, cela le rend littéralement incohérent, c'est-à-dire rien du tout.
Réfutation · 6 min - 03
Mais alors, qui a créé Dieu ?
La question « qui a créé Dieu ? » présuppose que Dieu est soumis aux mêmes règles que ses créatures (temps, espace, causalité) ; or le créateur d'une règle n'est pas soumis à cette règle, l'ingénieur d'un téléphone n'est pas lui-même un téléphone, et Dieu, qui a créé le temps, n'a pas de « passé » au sens temporel du terme.
Réfutation · 5 min