RéfutationContre Athéisme

Dieu peut-il créer une pierre qu'il ne peut pas soulever ?

Prétendre qu'un dieu « tout-puissant » peut tenir des contradictions logiques (être à la fois contingent et nécessaire, fini et infini, créer une pierre qu'il ne peut soulever) ne le rend pas plus puissant, cela le rend littéralement incohérent, c'est-à-dire rien du tout.

6 min de lecture6 arguments

L'Argument

Le contexte

Une conception alternative de Dieu, parfois proposée par les ex-musulmans ou les néo-spiritualistes, présente une source qui serait à la fois contingente et nécessaire. Quand on démontre que c'est contradictoire, l'objection devient : Si le dieu en lequel je crois est tout-puissant, il peut tenir les deux vérités en même temps. Ton dieu n'a-t-il pas ce pouvoir ? L'idée sous-jacente : un être qui peut tenir des contradictions serait plus puissant qu'un être cohérent, donc plus digne d'être Dieu.

Cette position n'est pas marginale. Elle apparaît chez les déistes éclectiques, les néo-spiritualistes, certains chrétiens qui défendent la Trinité en disant c'est un mystère qui dépasse la logique, et les ex-musulmans qui bricolent leur propre théologie. L'argument qui suit montre pourquoi c'est une impasse intellectuelle.

Le raisonnement

1Les trois lois fondamentales de la logique

Toute pensée rationnelle repose sur trois principes non-négociables :

  • Loi d'identité : A est A.
  • Loi de non-contradiction : A ne peut pas être à la fois A et non-A dans le même sens et au même moment.
  • Loi du tiers exclu : soit A, soit non-A, il n'y a pas de troisième option.

Être cohérent, c'est précisément se conformer à ces trois lois.

2Contingent et nécessaire sont des catégories qui s'excluent mutuellement

Par définition même :

  • Est contingent ce dont la non-existence est concevable.
  • Est nécessaire ce dont la non-existence est inconcevable.

Dire qu'une chose est simultanément contingente et nécessaire revient à dire que sa non-existence est à la fois concevable et inconcevable, c'est un non-sens grammatical déguisé en affirmation métaphysique. C'est une contradiction dans les termes, par définition même : d'un côté, sa non-existence est concevable, de l'autre, elle est inconcevable.

3Une phrase contradictoire n'est pas une vraie question

Le classique Dieu peut-il créer une pierre si lourde qu'il ne peut la soulever ? n'est pas un paradoxe mais une phrase qui contient une contradiction interne. Un énoncé qui contient une contradiction interne ne peut pas être classé comme une question, parce que les questions doivent être exemptes de contradictions internes pour avoir un sens. Ce n'est donc pas une question recevable.

4Analogie du restaurant : pourquoi choisir l'incohérence?

Image éclairante. Imaginons un restaurant qui sert deux assiettes, l'une avec un repas frais, savoureux et sain, l'autre avec de la nourriture sortie de la poubelle, puante et dégoûtante. Pourquoi quelqu'un choisirait-il l'assiette pourrie ? Il n'y a aucune motivation rationnelle. De même, lorsqu'on propose deux conceptions de Dieu, une cohérente et une incohérente, quelle est la motivation pour choisir l'incohérente ?

5Double standard : cohérence ailleurs, incohérence seulement pour Dieu

Personne ne défendrait une contradiction dans un autre domaine. À l'université, au travail, en science, on exige la cohérence. On ne dirait pas qu'un triangle peut avoir quatre côtés, qu'un célibataire peut être marié, qu'une mère peut se donner naissance à elle-même. Pourquoi, en matière religieuse uniquement, abandonner la pensée critique, l'intelligence et l'intellect que l'on mobilise partout ailleurs ?

6La charge de la preuve est sur celui qui affirme l'incohérence

Dans toute notre expérience du réel, rien ne viole la loi de non-contradiction. Quand quelqu'un affirme qu'un être viole cette loi, il va contre tout le consensus logique, philosophique et scientifique. La charge de la preuve qu'il porte est donc énorme, et exige un corpus de preuves bien plus considérable que ce qu'on accepterait dans un autre domaine. On ne peut pas simplement déclarer qu'il existe un être que l'on croit être ainsi, et en conclure que c'est vrai. C'est ma croyance n'est pas une affirmation de vérité, c'est une affirmation de sentiment.

Position islamique

L'Islam décrit Allah par des attributs cohérents et non-contradictoires. Sourate Al-Ikhlas (112) donne quatre critères opérationnels qui résistent à l'analyse logique : Dieu est Un (Ahad), Il est Autosuffisant (As-Samad), Il n'engendre pas et n'a pas été engendré, et nul n'est égal à Lui. Ces critères ne contiennent aucune contradiction interne et permettent d'écarter immédiatement toute conception incohérente de Dieu.

Ces quatre attributs jouent le rôle d'un étalon définitionnel donné par Dieu Lui-même. Dès lors qu'on les possède, personne ne peut venir proposer voici Dieu en désignant n'importe quel être contingent, multiple, ou dépendant, car la définition est déjà verrouillée dans un langage simple et univoque. Cet étalon permet aussi de rejeter sans hésitation les conceptions de type homme-dieu, arbre-dieu, ou source composite qui cesse d'exister dès qu'on cesse d'y croire : aucune de ces propositions ne franchit les quatre critères.

Quand le Coran dit qu'Allah est sur toute chose capable2:20, etc., le mot chose désigne ce qui peut exister, et une contradiction logique n'est pas une chose. Créer un carré rond n'est pas une action qu'Allah ne peut pas faire, c'est littéralement ne rien faire, car carré rond ne désigne aucun objet possible. La toute-puissance d'Allah porte sur toutes les possibilités réelles, pas sur les non-sens grammaticaux.

Objections courantes et réponses

Objection
« Mais Dieu est au-dessus de la logique humaine »
Réponse
Si Dieu est au-dessus de la logique, tu n'as aucun moyen de parler de lui du tout. Tu ne peux même pas dire il existe, parce qu'exister est un concept logique qui présuppose la loi d'identité. Tu ne peux pas dire il est bon, parce que bon s'oppose à mauvais selon la loi de non-contradiction. En abandonnant la logique, tu abandonnes le langage lui-même. Ta position s'autodétruit.
Objection
« C'est un paradoxe, pas une contradiction »
Réponse
Un paradoxe apparent est une tension qui se résout avec plus d'information ou un changement de perspective. Une contradiction interne est un non-sens définitionnel. La pierre que Dieu ne peut pas soulever n'a pas de solution cachée, c'est une phrase mal formée, comme le célibataire marié. Ce n'est pas un paradoxe, c'est juste un non-sens.
Objection
« Mais s'il peut tenir les contradictions, c'est plus puissant »
Réponse
Non, c'est juste moins cohérent. Qu'on imagine deux dictionnaires : l'un contient des définitions claires et non-contradictoires, l'autre contient des phrases comme chat = non-chat et bleu = rouge. Le second n'est pas un dictionnaire plus puissant, c'est un dictionnaire inutilisable. Un dieu qui viole la logique est un dieu dont on ne peut rien dire, dont on ne peut rien déduire, dont on ne peut pas même affirmer l'existence. La puissance qu'on lui attribue s'effondre dans l'incohérence.
Objection
« Si tu ne crois pas que Dieu peut faire l'impossible, tu limites Dieu »
Réponse
Non, parce que l'impossible logique n'est pas quelque chose à faire. Ce n'est pas une limite à la puissance de Dieu, c'est simplement que ton énoncé ne désigne rien. Demander si Dieu peut créer un triangle à quatre côtés n'est pas une question sur la puissance de Dieu, c'est une question sur ton vocabulaire.
Objection
« Tu appliques une logique humaine à un être divin »
Réponse
La logique n'est pas humaine au sens où elle serait une invention culturelle. Les lois d'identité, de non-contradiction et du tiers exclu sont les conditions mêmes de la pensée et du langage. Si Dieu nous a créés capables de penser, Il ne nous a pas donné des outils qui mentent sur Lui. Sinon, aucune révélation, aucune prière, aucune théologie ne serait possible.

En résumé

Un concept de Dieu qui viole la loi de non-contradiction n'est pas plus puissant qu'un concept cohérent, il est vide de contenu. Prétendre que Dieu tient les contradictions revient à dire Dieu est X et non-X, ce qui ne dit rien sur Dieu. Ce n'est pas de la théologie, c'est de l'incohérence déguisée en profondeur spirituelle. La puissance divine s'exprime dans la cohérence de l'ordre créé, pas dans la violation arbitraire de la logique.

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