Combien de dieux sont morts sur la croix ?
Si l'on affirme à la fois que Jésus (paix sur lui) est Dieu et que Jésus (paix sur lui) est mort, alors la question « combien de dieux sont morts sur la croix ? » force à choisir. Soit aucun Dieu n'est mort, et l'expiation s'effondre. Soit l'on compte trois personnes divines comme trois dieux en un sens réel, et c'est un polythéisme implicite.
Sommaire
Alors seule une nature humaine aurait souffert. Le sacrifice n'a plus de valeur infinie. La doctrine de l'expiation s'effondre.
Alors Dieu se compte par personnes. Une est morte, deux ne le sont pas. Le comptage produit un polythéisme de fait.
L'argument
Le contexte
On tente d'établir la divinité de Jésus en citant Osée 13:14 (Je suis le rédempteur
), le Psaume 113 et Tite 2:13. On répond par une question simple qui sert de fil rouge : combien de dieux sont morts sur la croix, et combien ne sont pas morts ? Cette question est un dilemme qui expose l'incohérence du comptage trinitaire.
Le raisonnement
La question, posée frontalement, est la suivante. Combien de dieux sont morts sur la croix et combien ne sont pas morts ? Répondre qu'aucun n'est mort revient à affirmer que les natures agissent indépendamment des personnes, ce qui est absurde. Répondre qu'une personne est morte revient à concéder un polythéisme en un sens réel. Les deux branches sont intenables.
Branche 1. Aucune personne divine n'est morte.
C'est la réponse habituellement donnée : Dieu ne peut pas mourir, Jésus est mort. Mais cela décrète que la nature humaine de Jésus est morte indépendamment de sa personne divine. Or les actions sont exécutées par des personnes, pas par des natures abstraites. Dire que la nature humaine de Jésus est morte mais la personne Jésus, en tant que Dieu, ne l'a pas été
revient à dire qu'un attribut a agi tout seul sans sujet agissant. C'est métaphysiquement incohérent. Cela effondre aussi la doctrine de l'expiation elle-même. Si seul un homme est mort, le sacrifice n'a plus la valeur infinie requise pour racheter l'humanité, et la rédemption chrétienne s'effondre.
Branche 2. Une personne divine est morte.
À la question qui est mort ?
, la réponse la deuxième personne de la Trinité
pose l'équivalence Dieu égale personne. En appliquant la même définition à la question inverse, combien ne sont pas morts ?
, la réponse est deux, le Père et l'Esprit. Si Dieu se compte par personnes, alors un Dieu est mort et deux Dieux ne sont pas morts. On obtient trois Dieux distincts au sens du comptage, autrement dit un polythéisme de fait.
2Le piège du mode de comptage
Une esquive consiste à montrer une feuille portant le chiffre 3
une fois, et à demander combien de chiffres ?
en espérant amener à dire un qui représente trois
. L'analogie ne tient pas, elle est équivoque. Ce sera bien un chiffre, et cela n'a rien à avec la question posée. Dès lors qu'on définit la personne comme Dieu et qu'on dit que Dieu est mort pour le péché, on est conduit à reconnaître qu'il y a trois dieux en un certain sens. L'analogie un chiffre égale trois
échoue parce qu'en mathématiques un chiffre représente un nombre sans en être plusieurs. Or la doctrine chrétienne ne dit pas Dieu égale une représentation de trois
, elle dit une personne est morte, les deux autres ne sont pas mortes
. Ce sont des états réellement distincts, mort ou non mort, attribués à des sujets réellement distincts, le Fils, le Père, l'Esprit. On ne peut pas compter un
à propos d'entités qui possèdent simultanément des états incompatibles.
3La chaîne logique
Les propositions s'enchaînent simplement. Combien de dieux sont morts sur la croix ? La position chrétienne répond que Dieu ne peut pas mourir. Pourtant Jésus est mort. Et Jésus est Dieu. La contradiction est directe.
- P1. Dieu ne peut pas mourir.
- P2. Jésus est Dieu.
- P3. Jésus est mort.
- Conclusion : contradiction entre P2 et P3 sous P1.
La position chrétienne s'en sort par la formule deux natures en une personne
Chalcédoine, 451. Mais cette formule est une étiquette posée sur la contradiction, pas une résolution. Et quand la logique serre de trop près, on se réfugie dans le mystère : deux natures sans confusion, c'est un mystère au-delà de la raison
.
4Pourquoi Dieu ne peut métaphysiquement pas mourir ni devenir homme
La raison de fond est métaphysique. Il est impossible que Dieu subisse la mort, qu'Il devienne un homme, qu'Il connaisse des limitations, parce que ces limitations sont transitives au locus de Dieu. Si elles le sont, elles finissent prédiquées de Dieu lui-même. Or les limitations humaines, souffrance, mort, ignorance, corps matériel, sont métaphysiquement impossibles à attribuer à Dieu. Dire qu'une nature
de Jésus a souffert mais que sa personne divine
non, c'est tenter de couper la personne en deux, ce qui contredit l'unicité même d'une personne.
Position islamique
Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : En vérité, Allah c'est le Messie, fils de Marie (paix sur elle). [..] Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : En vérité, Allah est le troisième de trois. Alors qu'il n'y a de divinité qu'Une Divinité Unique !
Concernant la crucifixion : Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié ; mais ce n'était qu'un faux semblant ! [..] Allah l'a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage.
4:157-158. Le problème est résolu à la racine : il n'y a pas eu de mort divine parce qu'il n'y a pas eu de mort de Jésus du tout.
Allah est Al-Hayy, le Vivant, vivant absolument, éternellement, sans début ni fin. Allah ! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent
2:255. La mort est métaphysiquement exclue de la nature divine.
Objections courantes et réponses
« C'est un mystère, la raison ne s'applique pas »
Dieu est mort et Dieu n'est pas mort. La contradiction n'est pas au-delà de la raison, elle est contre elle. Si le christianisme est à ce point un mystère, alors il ne peut plus prétendre être démontré scripturairement ni rationnellement, il est simplement affirmé par la foi. Et dans ce cas, aucun argument chrétien n'est valide contre l'Islam, puisque les arguments présupposent la raison.
« Dieu a deux natures mais une seule personne, les actions sont attribuées à la personne selon la nature pertinente »
selon la nature humaine. Mais qui est le sujet qui meurt ? La personne. Or la personne est définie comme divine. Donc la personne divine meurt, ce qui contredit
Dieu ne peut pas mourir. La communication des idiomes (communicatio idiomatum) ne résout pas, elle renomme le problème.
« Jésus est 100 % Dieu et 100 % homme, les deux sans mélange »
sans mélange, sans confusion, sans division, sans séparationChalcédoine, 451 accumule quatre négations sans dire positivement ce que l'union est. Elle indique ce qu'il ne faut pas dire, pas comment deux natures incompatibles (l'une omnisciente, l'autre ignorante ; l'une immortelle, l'autre mortelle) coexistent réellement dans un même sujet. Tant que cette positivité manque, la formule fonctionne comme une clôture apologétique, pas comme une explication. Et le dilemme du comptage reste entier : au moment de la croix, ce sujet est mort ou non, il faut trancher.
« Le Coran 9:31 parle des chrétiens qui prennent Jésus comme Seigneur, donc une forme de polythéisme existe déjà dans la critique coranique »
combien de dieux sont mortsformalise en termes modernes la même critique coranique ancienne.
En résumé
La doctrine trinitaire est très difficile à tenir face à l'épreuve du comptage. Combien de dieux sont morts sur la croix ?
est une question simple dont toute réponse cohérente coûte cher.
L'Islam offre l'alternative cohérente. Allah est Un, absolument Un, non composé de personnes, et Jésus (paix sur lui) est Son serviteur et messager, né miraculeusement mais pleinement humain, non mort sur la croix mais élevé auprès d'Allah.
À lire ensuite.
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