Toute autorité m'a été donnée : le verset qui défait la pleine divinité de Jésus
À Stratford, la Grande Commission de Matthieu 28 est retournée avec Psaume 40:6, Jean 20:17 et Marc 12:29 pour démontrer qu'un être qui reçoit une autorité ne peut être Dieu lui-même
Dawah2Soul · 13 avril 2026 · ~58 min
Un dāʿī musulman à Stratford·Deux jeunes chrétiens trinitaires
Fil du débat
- 00:35Péché originel et Éphésiens 2 ouverts
- 10:40Psaume 40:6 : « tu n'as pas désiré de sacrifice »
- 17:20Noé, Zacharie, Elizabeth justes sans croix
- 26:00Dieu peut-il pardonner comme il veut ? « Oui. »
- 33:50Jésus a-t-il un Dieu ? Jean 20:17
- 42:10Matthieu 28:18 : « toute autorité m'a été donnée »
- 43:30Dieu peut-il être sans autorité avant qu'on la lui donne ?
- 49:20Jean 17:21 : un en unité, pas en essence
- 53:00Conclusion : un Dieu qui a un Dieu ne peut être Dieu
Sommaire
Contexte
À Stratford, un dāʿī musulman croise deux jeunes chrétiens venus défendre la Trinité. L'échange commence sur Éphésiens 2 et le péché originel, bifurque sur le sacrifice de la croix, puis se fixe pendant la seconde moitié de la discussion sur une question unique: Jésus peut-il être pleinement Dieu s'il a un Dieu, s'il soumet sa volonté à une autre volonté, et s'il reçoit une autorité qu'il n'avait pas auparavant?
La ligne de faille
Le cœur de l'échange se noue autour de Matthieu 28:18, le verset même que les chrétiens brandissent pour fonder le baptême trinitaire. Juste avant la fameuse formule au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
, Jésus déclare: toute autorité dans le ciel et sur la terre m'a été donnée
. Le dāʿī pose la question qui désarticule le passage: comment peut-on donner à Dieu ce que Dieu est censé posséder de toute éternité? Dieu peut-il être sans autorité avant qu'on la lui remette?
Le jeune chrétien essaie la parade classique des deux natures: Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme, ce qu'on lui donne concerne sa nature humaine. Le dāʿī démonte la manœuvre en pointant la grammaire du texte. Ce n'est pas la nature humaine
qui parle à la fin de Matthieu, c'est la personne de Jésus. La personne dit m'a été donnée
. Or la personne, selon la confession chrétienne elle-même, est l'union indivisible des deux natures. Si la personne reçoit l'autorité, c'est bien le sujet complet, pleinement divin, qui la reçoit. Et ce qui reçoit n'est pas ce qui possède.
Jean 20:17: « mon
Dieu et votre Dieu »
Le dāʿī enchaîne avec Jean 20:17. Jésus ressuscité, selon le récit chrétien, croise Marie de Magdala et lui dit de porter ce message: je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu
. Le piège est double. D'abord, la parole est prononcée après la prétendue résurrection, donc par un Jésus supposément glorifié, sorti du rôle terrestre d'humiliation. Ensuite, c'est encore la personne qui parle, pas une abstraction. Un Dieu peut-il avoir un Dieu? Le chrétien concède qu'il n'a pas de réponse claire, puis renvoie vers les débats plus expérimentés de ces débats de rue. Aveu d'ignorance, pas réfutation.
Le retournement par le Psaume 40:6
La première moitié du dialogue avait posé le décor. Les chrétiens défendent que seul le sang de la croix ôte le péché. Le dāʿī cite Noé, Abraham, Zacharie et Élisabeth, tous décrits par l'Ancien Testament ou les Évangiles comme justes et irréprochables avant toute crucifixion. Le jeune chrétien esquive en parlant de deux systèmes d'expiation, l'un sacrificiel avant Jésus, l'autre par la croix après. Le dāʿī ouvre alors le Psaume 40 verset 6, attribué à David: tu n'as pas désiré de sacrifice ni d'offrande, tu ne m'as pas demandé d'holocauste ni de sacrifice pour le péché
.
La phrase est chirurgicale. Si Dieu lui-même fait dire à David qu'il ne requiert ni sacrifice ni offrande, alors la nécessité absolue d'un sang versé pour pardonner s'effondre. Dieu peut-il pardonner comme il veut? Le chrétien concède: oui, bien sûr
. Dieu peut-il pardonner de plusieurs façons? Oui, bien sûr.
La structure tout entière du dogme substitutif perd son socle: si Dieu peut pardonner sans sang, la croix n'est plus une nécessité logique, seulement une hypothèse théologique. Or l'Islam propose précisément ce que le chrétien vient d'admettre: Allah pardonne directement à quiconque se repent sincèrement, sans intercesseur ni rançon.
Jean 17:21 retourné sur la question de l'unité
La dernière parade chrétienne s'appuie sur Jean 10:30 (le Père et moi sommes un
) pour déduire la divinité de Jésus. Le dāʿī retourne l'argument avec Jean 17:21, où Jésus prie pour ses disciples qu'ils soient un comme nous sommes un
. Si le un
de Jean 10 prouve une unité d'essence entre le Père et le Fils, alors le un
de Jean 17, appliqué aux croyants, devrait logiquement leur conférer la même divinité. Le chrétien refuse: ici, c'est une unité de communion, pas d'essence. Le dāʿī retient la concession. Alors pourquoi refuser la même lecture dans Jean 10? Le un
change de sens selon ce qu'on veut prouver. La lecture trinitaire est arbitraire.
Ce qui tient
La séquence d'aveux est nette. Un Dieu qui reçoit l'autorité n'est pas la source de toute autorité. Un Dieu qui a un Dieu n'est pas Dieu, car Dieu n'a personne au-dessus de lui. Un Dieu qui prie n'est pas celui à qui on adresse la prière. Un Dieu qui soumet sa volonté à une autre volonté n'est pas souverain au sens absolu. Face à cette pile de subordinations documentées dans les Évangiles eux-mêmes, la confession de Jésus lui-même en Marc 12:29, citant le Shema écoute, ô Israël, le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur
, prend tout son relief. Jésus se range parmi ceux qui écoutent ce Dieu unique, pas parmi les personnes divines qu'il faudrait compter.
Conclusion
Le verset que les chrétiens invoquent pour clore le débat trinitaire, Matthieu 28:18-19, porte en son ouverture même la clause qui le défait. On ne donne pas à Dieu ce que Dieu est. Jésus dit avoir reçu l'autorité; il dit avoir un Père qui est aussi son Dieu; il dit ne pas connaître l'Heure; il dit qu'un seul est bon; il prie et se prosterne. Ces actes, rapportés par les Évangiles tenus pour canoniques, décrivent la condition d'un serviteur et d'un messager, pas celle d'une personne divine coéternelle. La sourate An-Nisā' verset 171 ne fait que remettre en ordre cette clarté initiale: le Messie, fils de Marie, n'est qu'un messager d'Allah et sa parole qu'il projeta en Marie et un souffle venant de Lui
. Le retournement par la Bible elle-même laisse l'interlocuteur honnête devant un choix simple: ou bien la personne de Jésus est réellement ce qu'elle dit d'elle-même, et le dogme trinitaire n'a plus d'ancrage textuel; ou bien les Évangiles se contredisent, et l'autorité même du corpus chrétien s'effondre pour d'autres raisons.
L'échange original
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Un dāʿī musulman à Stratford·Deux jeunes chrétiens trinitaires
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