RéfutationContre Christianisme

Un Dieu peut-il avoir faim, soif et dormir ?

Ce qui dépend d'autre chose pour exister n'est pas Créateur. Jésus (paix sur lui) marchait, mangeait, dormait, souffrait, respirait : il était ontologiquement dépendant, et la dépendance exclut toute prétention à la divinité et à l'adoration.

6 min de lecture4 arguments

L'argument

Le contexte

Face à la demande « peux-tu réfuter la Trinité en une minute? », il est inutile d'attaquer la logique formelle de la Trinité. L'angle ontologique suffit : un Dieu doit être indépendant, et Jésus était manifestement dépendant.

Le raisonnement

1L'argument en une minute

L'angle ontologique suffit. La doctrine chrétienne pose le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois personnes distinctes, chacune pleinement Dieu, tout en ne formant qu'un seul Dieu. Or le Fils, en s'incarnant, est devenu dépendant. Ce qui dépend d'autre chose n'est pas Créateur. Si Jésus a marché sur terre comme un être humain, mangé, dormi, satisfait des besoins corporels, il ne peut mériter ni d'être appelé Dieu ni d'être adoré. Quant au Saint-Esprit, il agit dans la création, et tout ce qui est dans la création est dépendant, donc ne peut prétendre à l'adoration.

2La structure logique

L'argument est un syllogisme simple :

  1. Ce qui est dépendant ne peut pas être Dieu (prémisse ontologique).
  2. Jésus, selon la description chrétienne elle-même, était dépendant (il mangeait, dormait, pleurait, mourait, avait besoin d'air, de soins maternels, etc.).
  3. Donc Jésus n'est pas Dieu.

La première prémisse découle de la définition même de Dieu. Dieu est l'Être auto-suffisant (al-Samad), l'Être nécessaire dont l'existence ne dépend de rien d'autre. Un être dépendant est par définition un être créé, et les créatures ne peuvent pas être adorées, sous peine de shirk (association).

La seconde prémisse est factuelle et acceptée par les chrétiens. Les Évangiles décrivent Jésus mangeant (Luc 24:42-43), dormant (Matthieu 8:24), pleurant (Jean 11:35), ayant soif (Jean 19:28), mourant (Matthieu 27:50). Chacun de ces faits marque une dépendance totale à l'égard de conditions externes : nourriture, repos, hydratation, oxygène, cohésion biologique.

2bis. Jésus passait la nuit en prière

Un Dieu qui prie n'est plus Dieu. Luc 6:12 rapporte que Jésus se retira sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Un Dieu auto-subsistant ne prie pas une nuit entière. La prière est, par définition, l'acte d'une créature qui s'adresse à son Créateur pour implorer, remercier, demander secours. Si Jésus priait, il reconnaissait quelqu'un au-dessus de lui capable de répondre, et il adoptait la posture qui n'est pas celle de Dieu mais celle du serviteur de Dieu. Les apologistes trinitaires répondent qu'il priait à l'intérieur de la Trinité, le Fils s'adressant au Père. Mais c'est introduire une scission dans l'unicité divine que la doctrine prétend maintenir. Si Dieu s'adresse à Dieu, soit il parle à lui-même (et la prière est une mise en scène), soit il y a deux centres distincts (et le monothéisme est rompu). Pas de troisième option qui sauverait à la fois la prière réelle et l'unicité simple.

3Le Saint-Esprit aussi est dans la création

Le Saint-Esprit tombe sous la même logique. Tout ce qui est dans la création ne peut pas être Dieu, parce que c'est dépendant, et que rien de dépendant ne peut mériter l'adoration.

Tout ce qui interagit est conditionné. Si le Saint-Esprit agit dans le monde, descend sur Jésus au baptême, se manifeste à la Pentecôte, inspire les prophètes, alors il est une entité qui interagit avec la création, donc conditionnée par un lieu, un temps, une action. Une entité ainsi liée à la création n'est pas le Créateur transcendant.

4L'interdépendance trinitaire

La dépendance est aussi interne. Les formulations chrétiennes classiques disent que le Père engendre le Fils éternellement, et que l'Esprit procède du Père (et du Fils, selon le Filioque). Ces relations trinitaires établissent au minimum un ordre entre les personnes, et où il y a différenciation, il y a dépendance relationnelle. Une entité pleinement indépendante ne dépend d'aucune relation.

Position islamique

Le Coran insiste sur cette incompatibilité : Allah! Pas de divinité à part Lui, Le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même (al-Qayyūm). Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent2:255. Le Qayyūm, l'Auto-Subsistant, est incompatible avec le sommeil, l'alimentation, la dépendance. Dieu est al-Samad (112:2), l'Être dont tout dépend et qui ne dépend de rien. Décrire Jésus comme Dieu, c'est attribuer à une créature ce qui n'appartient qu'au Créateur, ce qui est la définition exacte du shirk.

Le Coran s'adresse directement aux chrétiens : Dis : "Qui donc a quelque pouvoir en faveur du Messie fils de Marie (paix sur elle), si Allah voulait le détruire, ainsi que sa mère et tous ceux qui sont sur la terre?"5:17. L'argument est clair. Si Jésus pouvait être détruit, il n'est pas Dieu, car Dieu est indestructible par définition.

Objections courantes et réponses

Objection
« Dans la Trinité, la nature divine est indépendante; c'est la nature humaine qui dépend »
Réponse
La doctrine des deux natures (chalcédonienne) ne résout pas le problème. Si deux natures coexistent dans une seule personne, cette personne est à la fois dépendante et indépendante, ce qui est contradictoire. Soit les deux natures sont réellement séparées (et alors ce sont deux personnes, pas une, hérésie nestorienne), soit elles sont fusionnées (et alors l'humanité altère la divinité, hérésie monophysite), soit on les juxtapose dans une incohérence déclarée (chalcédonisme orthodoxe). Aucune option ne sauve la cohérence logique.
Objection
« Jésus s'est vidé (kénose) de Sa divinité sur terre »
Réponse
C'est la solution kénotique. Mais alors, pendant 33 ans, Dieu le Fils aurait cessé d'être Dieu. Un Dieu qui peut cesser d'être Dieu n'est pas Dieu, puisque Dieu est nécessairement Dieu. Le kénotisme sauve la dépendance terrestre de Jésus au prix de l'immutabilité divine.
Objection
« La dépendance de Jésus fait partie du mystère »
Réponse
Appeler mystère ce qui est en réalité une contradiction n'est pas résoudre, c'est camoufler. Une contradiction logique dans la description de Dieu n'est pas un mystère digne de révérence, c'est une raison de rejeter la description.
Objection
« Paul dit que Jésus s'est abaissé (Philippiens 2) »
Réponse
Ce passage même décrit un abaissement ontologique qui contredit l'immutabilité divine. Si Dieu peut s'abaisser (changer de mode d'existence), Il n'est pas immuable. L'immuable ne s'abaisse pas. Et l'abaissement ne rend pas une créature digne d'adoration, au contraire : il confirme sa créaturalité.

En résumé

L'argument ne nécessite pas de démonter la Trinité par sa logique interne (même si d'autres documents le font). Il suffit de pointer l'incompatibilité entre la définition de Dieu et la description concrète de Jésus. Un Dieu qui a besoin de respirer n'est pas Dieu. Un Dieu qui meurt de soif n'est pas Dieu. Dépendance et divinité sont mutuellement exclusives. Toute christologie qui fait de Jésus vraiment Dieu lui attribue des propriétés (l'indépendance totale) incompatibles avec le vraiment homme qui mange, dort et meurt.

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