La divinité de Jésus a-t-elle été décidée par un empereur romain ?
La divinité co-égale et co-éternelle de Jésus (paix sur lui) n'est pas enseignée dans les Évangiles, elle résulte d'un développement politique graduel conduit sous pression impériale romaine de Constantin (313) à Théodose, développement qui a permis l'absorption du polythéisme et du panthéisme gréco-romains dans un cadre chrétien.
Sommaire
- 313Édit de MilanConstantin légalise le christianisme
- 325NicéeHomoousios imposé contre Arius
- 381ConstantinopleFormule trinitaire stabilisée
- 451ChalcédoineDeux natures en une personne
L'argument
Le contexte
Une question revient souvent. Si Jésus (paix sur lui) ne s'est pas lui-même appelé Dieu, comment cette croyance a-t-elle pu surgir ? Il suffit de regarder l'histoire politique et sociologique de l'empire romain pour la réponse se dessiner.
Le raisonnement
Avant 313, le christianisme est une minorité persécutée. Après 313, c'est une religion d'État, avec toutes les pressions de convergence politique que cela entraîne.
2Absorption du paganisme romain
Un développement historique très net se dessine. Les croyances païennes, polythéistes et panthéistes des Romains, héritées de la mythologie grecque, ont été progressivement intégrées au cadre chrétien. Le panthéon gréco-romain ne s'est pas évaporé, il a été absorbé dans le christianisme par la christologie haute, par le culte des saints, par l'iconographie, par les fêtes calendaires (Noël fixé au 25 décembre, date du Sol Invictus institué par Aurélien en 274) et par les rites mystériques.
3La motivation politique
Conversion de masse égale compromis théologique. Pour que les polythéistes acceptent de se convertir, il fallait leur offrir des choses qu'ils reconnaissaient déjà.
4Du subordinationisme au trinitarisme
Comment Jésus a-t-il fini par devenir co-égal et co-éternel au Père en une seule personne, et comment l'Esprit Saint en est-il venu au même statut ? Là encore, le développement historique est clair. Le point de départ est ce qu'on appelle le subordinationisme, et l'aboutissement, au tournant du IVe siècle, est la formule des trois hypostases divines co-égales et co-éternelles.
Le subordinationisme était la position des Pères pré-nicéens, Justin, Origène, Tertullien : le Fils est subordonné au Père. Le concile de Nicée (325) a imposé l'homoousios (co-essence) contre Arius. Chalcédoine (451) a imposé les deux natures en une personne. Ces formulations sont le résultat de votes, de conflits politiques et de pressions impériales, pas une évolution organique de l'enseignement de Jésus.
5Le paradoxe de l'engendré éternellement
La formule nicéenne elle-même trahit la construction tardive. Pour maintenir à la fois que le Fils est engendré
du Père (langage des premiers chrétiens) et qu'il est pourtant co-éternel et co-égal, les théologiens ont dû forger l'expression engendré éternellement
. Un verbe comme engendrer
suppose une tensité, un avant et un après. Dire qu'il est à la fois verbe et hors du temps revient à accoler des concepts incompatibles, comme carré triangulaire
. La formule est un compromis verbal pour sauver l'équation devenue exigée, non une description cohérente d'une réalité reçue.
6L'Église de Jérusalem contre l'Église paulinienne
L'Église primitive n'était pas une, elle était divisée. Il y avait d'un côté l'Église de Jérusalem, juive, circoncise, conduite par Jacques, Pierre et Jean, les trois piliers
cités par Paul lui-même (Galates 2:9). De l'autre, les communautés pauliniennes ouvertes aux païens. Après la ruine de Jérusalem, la branche judéo-chrétienne se retire à Pella et donne les Ébionites, qui tiennent Jésus pour un simple messager et Dieu pour absolument un. Cette branche, proche du message originel, a été étouffée par la branche qui avait le soutien impérial. La christologie haute n'est pas ce que les premiers compagnons de Jésus ont enseigné, c'est ce que la faction gagnante a retenu.
7Le statut tardif et problématique du Saint-Esprit
Le passage du Fils à la co-égalité a été difficile, celui du Saint-Esprit encore plus. Les historiens du culte chrétien primitif, tels Larry Hurtado, notent qu'on ne trouve pas, aux premiers siècles, de culte adressé au Saint-Esprit comme à une personne divine distincte. L'intégration du Saint-Esprit comme troisième hypostase co-égale est plus tardive encore que celle du Fils, et elle a été imposée au concile de Constantinople (381). Là aussi, c'est une construction, pas un donné scripturaire.
8Les preuves primaires confirment ce développement
Quand on combine ces facteurs, le scénario de cette construction apparaît nettement. La trinité n'est pas dans la bouche de Jésus. Elle vient, selon l'expression d'un interlocuteur dans ces débats, de l'extérieur de la Bible, au IVe siècle
, dans un langage grec, autour de conciles qui débattaient de la définition même de Dieu. Les premiers chrétiens de langue sémitique, attachés au Shema, ne partageaient pas ce cadre. Ce cadre est grec, romain et impérial.
Position islamique
L'Islam tient Jésus (Îsa ibn Maryam (paix sur elle)) pour un prophète et un messie, serviteur d'Allah, miraculeusement né d'une vierge, élevé vivant au ciel. Sa divinisation est, pour l'Islam, une altération postérieure, survenue lorsque le message originel a été politiquement récupéré par l'Empire romain. Coran 5:116 : Jésus, devant Allah, niera avoir jamais commandé à quiconque de l'adorer comme dieu.
Objections courantes et réponses
« Nicée n'a fait que formaliser ce qui était déjà cru »
« Constantin est devenu chrétien »
« L'Esprit Saint guide l'Église, donc même les conciles sont vrais »
En résumé
La divinité de Jésus au sens chalcédonien n'est pas un enseignement que l'on puisse clairement attribuer à Jésus. C'est une construction politico-théologique qui s'étend de 313 à 451, sous la pression des empereurs romains, pour absorber les masses païennes dans l'Église impériale. Accepter cette christologie, c'est accepter le produit d'un compromis politique, pas le message originel de Jésus.
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