Jésus et Paul prêchaient-ils vraiment le même message ?
Paul enseigne que les Juifs sont libérés de la Torah par la mort du Christ, tandis que Jacques et les apôtres, dans le livre des Actes, tiennent pour acquis que les Juifs doivent continuer à observer la loi. Deux religions distinctes se laissent lire dans le même Nouveau Testament.
Sommaire
- La Loi pour les juifs croyantsJérusalemObservée intégralement, milliers de « zélateurs de la loi » (Actes 21 : 20)PaulCaduque depuis la mort du Christ (Romains 7 : 1–6)Observée intégralement, milliers de « zélateurs de la loi » (Actes 21 : 20)Caduque depuis la mort du Christ (Romains 7 : 1–6)
- CirconcisionJérusalemMaintenue pour les enfants juifsPaulPaul est accusé de dire aux juifs de ne plus circoncire (Actes 21 : 21)Maintenue pour les enfants juifsPaul est accusé de dire aux juifs de ne plus circoncire (Actes 21 : 21)
- Identité religieuseJérusalemSecte juive du messie (Actes 24 : 5, « Nazaréens »)PaulAffirme ne plus être sous la Loi (1 Cor 9 : 20)Secte juive du messie (Actes 24 : 5, « Nazaréens »)Affirme ne plus être sous la Loi (1 Cor 9 : 20)
- Choix du douzième apôtreJérusalemMatthias, élu par tirage au sort sous l'Esprit (Actes 1 : 26)PaulJamais élu par les OnzeMatthias, élu par tirage au sort sous l'Esprit (Actes 1 : 26)Jamais élu par les Onze
L'argument
Le contexte
Le christianisme primitif est une secte du judaïsme, selon l'expression même d'Actes 24:5 qui parle de la secte des Nazaréens
. Les premiers disciples de Jésus (paix sur lui) étaient tous juifs et continuaient à observer la loi juive. La question est donc simple : Paul a-t-il modifié en profondeur cette religion en enseignant que la loi n'obligeait plus, même les Juifs ?
Le raisonnement
En Actes 15, le débat porte uniquement sur les païens : doivent-ils devenir juifs pour être sauvés ? La réponse est non, mais assortie de quelques règles. À aucun moment quelqu'un ne remet en cause l'obligation faite aux Juifs de suivre la Torah. C'est un présupposé universel, accepté par tous.
2En Actes 21, Jacques confirme que les Juifs croyants sont tous zélateurs de la loi
Lorsque Paul arrive à Jérusalem, Jacques lui dit : Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont cru, et tous sont zélateurs de la loi.
Il y a donc des milliers de Juifs qui croient en Jésus (paix sur lui) et qui suivent l'intégralité de la loi. C'est le christianisme originel.
3Paul est accusé d'enseigner aux Juifs de renier Moïse (paix sur lui)
Jacques rapporte à Paul que les Juifs croyants l'entendent enseigner aux Juifs de renier Moïse et de ne pas circoncire leurs enfants. C'est exactement ce que Paul enseigne dans ses épîtres. Pour tenter de prouver le contraire, Jacques le contraint à payer pour un vœu de naziréat, un rituel issu de la loi mosaïque.
4Paul dit explicitement que les Juifs ne sont plus sous la loi
En Romains 7, Paul utilise l'analogie du mariage. Quand le mari meurt, la femme est libérée du contrat. De la même manière, quand le Christ est mort, les Juifs sont morts avec lui et sont libérés de la Torah. Et Paul écrit aussi : Aux Juifs, je me suis fait Juif. À ceux qui sont sous la loi, comme si j'étais sous la loi, bien que moi-même je ne sois pas sous la loi
1 Corinthiens 9:20.
5Paul déclare lui-même sa méthode
Quand Paul dit qu'il s'est fait Juif pour gagner les Juifs, il reconnaît qu'il feint de suivre la Loi pour gagner ses interlocuteurs. Il ne s'agit pas d'une adaptation culturelle banale, mais d'une tromperie portant sur des questions fondamentales de foi. La défense par analogie, qui compare cela à porter une jupe longue par respect local, ne tient pas. Feindre de suivre la Torah est d'un tout autre ordre.
6La distinction entre loi cérémonielle et loi morale est une invention
Pour sauver Paul, certains inventent une distinction entre loi cérémonielle, que l'on pourrait abandonner, et loi morale, réduite aux Dix Commandements et que l'on devrait garder. Cette distinction n'apparaît nulle part dans la Bible. Ni Jésus, ni les apôtres, ni l'Ancien Testament ne la formulent. C'est un outil théologique inventé après coup.
7En Actes 1, les apôtres choisissent Matthias, pas Paul, comme douzième
Après la trahison de Judas, les onze apôtres prient et tirent au sort pour désigner le douzième. Le sort tombe sur Matthias, pas sur Paul. Face à cette difficulté, la position chrétienne qui veut faire de Paul le douzième apôtre reconnaît que les disciples se seraient trompés en choisissant Matthias, tout en ayant le Saint-Esprit. L'aveu est lourd. Les apôtres étaient remplis du Saint-Esprit à la Pentecôte, selon Actes 2. Ils ont prié et demandé à Dieu de révéler son choix. Ils ont suivi la méthode biblique du tirage au sort (Urim et Thummim, Proverbes 16:33). Selon cette lecture, ils se seraient trompés quand même.
Si les apôtres guidés par l'Esprit ont pu se tromper sur une question aussi fondamentale que l'identité du douzième apôtre, alors toute l'autorité apostolique s'effondre, y compris la revendication d'autorité de Paul lui-même, qui se dit aussi guidé par l'Esprit.
8Le vœu de naziréat confirme l'attachement des apôtres à la Loi
L'épisode d'Actes 21, où Jacques, Pierre et Jean imposent à Paul un vœu naziréen, pose une question embarrassante. Pourquoi les apôtres lui imposeraient-ils un rituel de la Torah s'ils pensaient que la Loi avait été abolie par la mort du Christ ? La seule réponse cohérente est qu'ils restaient attachés à la Loi, ce qui confirme la coexistence de deux christianismes. Celui des apôtres historiques n'était pas paulinien.
9Jésus, en Matthieu 23, ordonne de suivre l'enseignement de la Loi
Jésus dit aux foules et à ses disciples : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas.
Les scribes et les pharisiens enseignent la Loi avec autorité. Jésus, en s'adressant à ses disciples, leur commande d'obéir à ce qu'ils transmettent comme Loi de Dieu, tout en refusant leur hypocrisie pratique. Un disciple de Jésus est donc tenu de suivre la Torah telle qu'ils l'enseignent. Paul, en Galates, soutient l'inverse, et Paul n'a jamais rencontré Jésus de son vivant.
10Le critère du jugement selon Jésus est les œuvres, pas la foi paulinienne
En Matthieu 25, Jésus décrit la grande scène du jugement. Le critère y est explicite : visiter les pauvres, vêtir les nus, nourrir les affamés, accueillir l'étranger. Ceux qui ont fait ces œuvres vont au paradis, ceux qui ne les ont pas faites vont en enfer. Il n'y est pas question de croire à la mort et à la résurrection de Jésus pour être sauvé. L'évangile paulinien du salut par la foi en la mort expiatoire est absent du propre critère que Jésus donne pour le jugement final.
11La Loi n'est pas impossible à observer, contre Galates
Paul affirme en Galates que nul ne peut obtenir la justice par la Loi. Deutéronome 30 dit explicitement le contraire : Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée. Il n'est pas dans le ciel ; il n'est pas au-delà de la mer ; il est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu l'accomplisses.
Tout un chapitre encourage les Israélites à choisir la vie en observant la Loi, précisément parce qu'elle est à portée. Luc 1:6 décrit Zacharie (paix sur lui) et Élisabeth comme marchant dans tous les commandements du Seigneur de manière irréprochable. Paul lui-même, en Philippiens 3, se dit irréprochable quant à la justice de la Loi avant sa conversion. L'idée paulinienne d'une Loi impraticable contredit à la fois la Torah, l'évangile de Luc et l'aveu biographique de Paul lui-même.
12Le porc, commandement toujours valide selon Jésus
Si Jésus enjoint de faire ce que les docteurs de la Loi enseignent, alors l'interdit de consommer du porc, posé en Lévitique, reste contraignant pour ses disciples. Les chrétiens pauliniens mangent du porc en se déclarant libérés de la Loi ; les musulmans s'en abstiennent, en continuité avec ce que Jésus a effectivement enseigné. L'observance alimentaire est un test concret, et les faits montrent que c'est l'Islam, non le christianisme paulinien, qui est resté fidèle à la ligne de Jésus.
Position islamique
L'Islam affirme que Jésus (paix sur lui) était un prophète envoyé aux enfants d'Israël, qui respectait et enseignait la loi de Moïse (Coran 3:50), 5:46). Il n'est pas venu abolir la loi mais la confirmer. C'est exactement ce que montrent les données du Nouveau Testament lui-même, puisque les apôtres qui ont vécu avec Jésus continuaient à suivre la loi.
L'Islam enseigne que le message de Jésus a été corrompu après lui et identifie Paul comme un agent majeur de cette corruption. Le Coran restaure le message originel d'unicité divine et d'obéissance à la loi de Dieu, message que tous les prophètes, y compris Jésus (paix sur lui), ont porté.
Objections courantes et réponses
« Paul était aussi un apôtre choisi par le Christ »
« Jésus a dit que ce qui entre dans le corps ne souille pas l'homme »
« Quand on devient chrétien, on n'est plus sous la loi juive »
« La loi cérémonielle était un tuteur jusqu'au Christ »
En résumé
Il existe donc deux christianismes distincts : celui de Jacques et des apôtres, judéo-chrétien et fidèle à la Torah, et celui de Paul, libération de la loi et théologie nouvelle. Les apôtres historiques ont choisi Matthias, ils ont imposé le vœu naziréen à Paul, et ils sont restés zélateurs de la Loi
selon le témoignage même de Jacques. Le christianisme qui a survécu est celui de Paul, pas celui de Jésus et de ses apôtres d'origine. Tout chrétien sincère doit interroger ce fait.