ArgumentContre Christianisme

Que reste-t-il vraiment des premiers manuscrits du Nouveau Testament ?

Dans le siècle qui suit la mort du Prophète Muhammad ﷺ, plusieurs dizaines de manuscrits coraniques conservés couvrent l'essentiel du texte actuel. Dans le siècle qui suit Jésus (paix sur lui), un seul fragment néotestamentaire existe, de la taille d'une carte de visite, contenant un unique passage de l'Évangile de Jean.

4 min de lecture4 arguments
100 ans après le fondateur
Coran50+ manuscrits · 0 variante
96 % du texte attesté
Nouveau Testament1 manuscrit · 1 verset
< 0,04 % du texte attesté
P52 Rylands
Jean 18:31-33, 37-38
Un manuscrit
coranique complet

L'argument

Le contexte

L'idée que tous les textes sacrés se valent face à la critique historique est largement répandue. Elle se vérifie en posant la même question aux deux traditions : combien de manuscrits avons-nous, dans quelle fenêtre temporelle, et quel pourcentage du texte couvrent-ils ?

Le raisonnement

1Coran : 50+ manuscrits, 96 % du texte, dans les 100 ans.

Dans une fenêtre d'environ cent ans après la mort du Prophète Muhammad ﷺ, les collections mondiales (Istanbul, Le Caire, Paris, Londres, Sana'a, Berlin, Birmingham) recensent plusieurs dizaines de manuscrits coraniques anciens, datés par paléographie et carbone 14. Mis bout à bout, ces témoins anciens couvrent l'immense majorité du Coran reçu aujourd'hui (les études de Déroche, Sadeghi et Small avancent des chiffres de l'ordre de 90 à 96 % selon les corpus retenus).

2Nouveau Testament : un seul fragment, un seul passage, taille d'une carte de visite.

La comparaison avec le Nouveau Testament est saisissante. Dans la même fenêtre de cent ans après le temps de Jésus (paix sur lui), il n'existe qu'un seul manuscrit ayant un rapport quelconque avec le Nouveau Testament. Sa taille est celle d'une carte de visite, et il contient un seul passage de l'Évangile de Jean. Le candidat le plus probable est le Papyrus Rylands P52 (John Rylands Library, Manchester), traditionnellement daté du IIe siècle, qui contient quelques versets de Jean 18. Encore cette datation haute est-elle aujourd'hui contestée (Brent Nongbri, God's Library, 2018, plaide pour une fourchette plus large pouvant inclure le IIIe siècle). Aucun manuscrit néotestamentaire substantiel n'apparaît avant deux ou trois cents ans après l'époque de Jésus (paix sur lui).

3Le rasm consonantique est strictement identique au texte actuel.

Quand on compare ces manuscrits coraniques anciens au Coran imprimé aujourd'hui, le squelette consonantique du texte (le rasm) est identique. Les différences éventuelles relèvent des lectures canoniques (qirā'āt) et de la notation diacritique apparue plus tard, sujets traités en détail dans l'article sur la préservation du Coran. Pour le Nouveau Testament, la situation est inverse : les manuscrits anciens présentent entre eux des centaines de milliers de variantes textuelles, certaines doctrinales (Bart Ehrman, Misquoting Jesus, 2005).

4Trois canaux de transmission, pas un seul.

Le Coran ne repose pas sur une seule chaîne. Trois canaux indépendants ont fonctionné en parallèle dès l'origine. La mémorisation orale, les huffaz qui apprennent le texte par cœur, vérifiée chaque Ramadan par la muqabla (récitation intégrale). La langue, l'arabe coranique, vivante et enseignée aujourd'hui comme au VIIe siècle. Et l'écrit, compilé sous Abu Bakr (qu'Allah soit satisfait de lui) dans les deux ans qui suivent la mort du Prophète ﷺ. Le Nouveau Testament, lui, n'a été mis par écrit que 75 ans au plus tôt après Jésus (paix sur lui), dans une langue (le grec) différente de celle qu'il parlait (l'araméen), et sans tradition de mémorisation intégrale comparable.

Position islamique

Allah a promis la préservation du Coran : innā naḥnu nazzalnā'l-dhikra wa innā lahu la-ḥāfiẓūn, En vérité, c'est Nous qui avons fait descendre le Rappel, et c'est Nous qui en sommes les gardiensCoran 15:9. Cette promesse se vérifie empiriquement, manuscrit par manuscrit, génération de huffaz par génération de huffaz.

Objections courantes et réponses

Objection
« Il y a plus de manuscrits néotestamentaires au total que de manuscrits coraniques »
Réponse
C'est exact si l'on additionne tous les manuscrits grecs, latins, coptes, syriaques, éthiopiens, arméniens, accumulés sur deux mille ans. Mais ils contiennent des centaines de milliers de variantes textuelles, les plus anciens datent de plusieurs siècles après Jésus (paix sur lui), et ils divergent entre eux. La quantité tardive ne compense pas l'absence à la source.
Objection
« Le Papyrus P52 prouve que Jean existait tôt »
Réponse
P52 prouve qu'un fragment de Jean existait au IIe siècle. Il ne prouve rien sur le reste du Nouveau Testament, ni sur l'authenticité de son attribution, ni sur l'état du texte avant sa canonisation au IVe siècle.
Objection
« On ne peut pas comparer une religion orale et une religion textuelle »
Réponse
L'Islam n'est ni purement oral ni purement textuel, il est les deux dès l'origine. Les Compagnons du Prophète ﷺ récitaient et copiaient simultanément. Deux ans après sa mort, la muṣḥaf complète existait par écrit sous Abu Bakr, puis a été codifiée et diffusée sous Uthman (qu'Allah soit satisfait d'eux).

En résumé

L'argument tous les textes sacrés sont à égalité sous l'œil de la critique historique ne tient pas l'épreuve des chiffres. Quel que soit le critère, nombre de manuscrits anciens, proximité temporelle au moment fondateur, pourcentage du texte préservé, le Coran surpasse le Nouveau Testament de plusieurs ordres de grandeur. L'asymétrie est mesurable, pas doctrinale.

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