La conséquence de ces éléments n'est pas polémique, elle est doctrinale. Le message de l'Islam n'est pas que Muhammad ﷺ aurait fondé une religion nouvelle au VIIᵉ siècle. Le message est que Muhammad ﷺ vient rétablir, dans sa forme la plus claire, une vérité qui a été enseignée par tous les prophètes depuis Adam (paix sur lui), avec pour cœur un monothéisme simple et une soumission personnelle. Le Coran insiste sur ce point :
La religion reconnue d'Allah, c'est l'Islam.
Coran 3:19
Ici, islām ne désigne pas une dénomination parmi d'autres, il désigne la condition de l'homme qui se soumet au Dieu unique. En ce sens, Abraham était muslim. Moïse était muslim. Jésus, qui se prosterne et qui remet sa volonté à celle du Père, était muslim. Et toute personne, quelle que soit son origine, qui aujourd'hui se remet au Dieu unique selon le message prophétique final, l'est aussi.
La question se pose concrètement si on regarde ce que Jésus faisait. Il priait en se prosternant face contre terre (Matthieu 26:39), exactement comme les musulmans le font cinq fois par jour, et non assis ou debout les mains jointes. Il citait le Shema comme premier commandement, le Seigneur est Un
Marc 12:29, la formule la plus strictement monothéiste de l'Ancien Testament, celle qui ne laisse aucune place à une Trinité. Il priait le Père comme le seul vrai Dieu
et se distinguait de Lui (Jean 17:3). Il déclarait n'avoir été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël, pas à l'humanité entière (Matthieu 15:24). Ses premiers disciples à Jérusalem, sous l'autorité de Jacques, étaient encore zélateurs de la Loi
Actes 21:20, circoncis, mangeant casher, priant dans le Temple. Ils étaient bien plus proches des muslimūn (ceux qui se soumettent à Allah seul) que des trinitaires postérieurs. C'est Paul, qui n'avait pas connu Jésus, qui a enseigné la libération de la Torah et ouvert la porte à la théologie de la divinité du Christ. Si l'on devait placer le Jésus des Évangiles dans une communauté religieuse d'aujourd'hui, en jugeant strictement sur ses actes et ses paroles, la distance avec l'Islam est bien plus courte qu'avec le christianisme qui porte pourtant son nom.
Accepter cette lecture du mot musulman
n'est pas se convertir. C'est qu'entre la posture qu'on prête à Jésus dans les Évangiles et ce que l'Islam appelle islām, la distance est beaucoup plus courte qu'on ne le pense. La conséquence logique est d'embrasser le message final porté par le Sceau des prophètes, Muhammad ﷺ.
Un théologien chrétien averti répondra que cette lecture confond deux niveaux : être soumis à Dieu
au sens intemporel, et suivre le message apporté par Muhammad ﷺ
. Abraham et Jésus pouvaient bien être soumis
sans cela rien ne préfigurer la communauté musulmane historique, et appeler Jésus muslim rétroactivement serait un abus sémantique. Cette objection est légitime. Le texte y répond en distinguant précisément les deux sens du mot (partie 2) et en affirmant que c'est bien du premier sens, l'intemporel, que relèvent les passages coraniques qui qualifient ainsi les prophètes antérieurs. Il ne s'agit pas de réécrire l'histoire chrétienne
, il s'agit de montrer que la posture intérieure décrite par le mot arabe muslim est ce qu'accomplissent les grandes figures bibliques, dans leurs propres Écritures, indépendamment de toute affiliation institutionnelle.