RéfutationContre Christianisme

Le canon du Nouveau Testament n'a jamais été fixé avant le quatrième siècle

Titres apposés tardivement, livres acceptés puis rejetés, listes concurrentes jusqu'au sixième siècle : la tradition chrétienne reconnaît elle-même l'instabilité de son propre recueil

5 min de lecture

DawaFR · 7 avril 2026 · ~1 h 30

Un recueil que personne n'a fermé avant trois cents ans

Le croyant chrétien ouvre sa Bible en supposant que les vingt-sept livres du Nouveau Testament lui viennent d'une liste arrêtée dès l'origine par le Christ ou par les apôtres. L'histoire que racontent les manuscrits eux-mêmes dit l'inverse. Les premiers écrits circulent isolément, chaque épître, chaque évangile voyageant seul dans une communauté locale, avant d'être réunis peu à peu dans un recueil que nul n'a autorité pour fermer. Le canon qui s'impose finalement n'est pas un don initial mais un point d'arrivée négocié, parfois conflictuel, que la critique textuelle de langue chrétienne documente avec précision.

Les titres des évangiles sont un ajout postérieur

Le constat est net dans la recherche spécialisée. Bruce Metzger, historien chrétien du canon, écrit que les documents du Nouveau Testament ne portaient originellement aucun des titres que nous leur connaissons. Aucun évangile ne s'intitulait Évangile selon Matthieu ou Évangile selon Marc dans sa forme primitive. La formule grecque kata Matthaion, selon Matthieu, a été ajoutée ultérieurement par la tradition ecclésiale pour distinguer entre plusieurs textes circulant parallèlement. Westcott et Hort, deux figures majeures de la critique textuelle protestante, relèvent que cette tournure signifie littéralement selon et non de, c'est-à-dire qu'elle revendique une conformité à une tradition attribuée à Matthieu, non une signature de Matthieu lui-même.

L'indice matériel est frappant : le Papyrus 1, l'un des plus anciens fragments d'évangile conservés, commence par l'alphabet grec marquant une section, sans aucune mention Évangile selon Matthieu. Le titre que tout chrétien tient pour acquis apparaît seulement plus tard, lorsque la nécessité pratique de classer les rouleaux l'impose. La question qui a écrit cet évangile n'a donc pas de réponse dans le texte lui-même.

Un Nouveau Testament qui inclut

Barnabé et le Pasteur d'Hermas

Le Codex Sinaiticus, manuscrit du quatrième siècle considéré comme témoin majeur du texte grec, ne contient pas seulement les vingt-sept livres canoniques actuels. Il inclut également l'Épître de Barnabé et le Pasteur d'Hermas, deux textes que l'Église moderne a fini par rejeter. Le site officiel qui présente aujourd'hui le manuscrit numérisé le confirme. Au moment même où la chrétienté dite orthodoxe compile son premier grand codex exhaustif du Nouveau Testament, elle y range des livres qu'elle exclura quelques décennies plus tard.

Metzger, dans son ouvrage de référence sur la formation du canon, donne la liste des recueils concurrents qui circulent entre le deuxième et le sixième siècle. Le fragment de Muratori, daté entre la fin du deuxième et le troisième siècle. Le canon d'Origène. Le canon d'Eusèbe de Césarée, contemporain du concile de Nicée. Un canon inséré dans le Codex Claromontanus du sixième siècle, qui accepte explicitement Barnabé et Hermas dans ses écritures saintes. Le canon de Cyrille de Jérusalem au quatrième siècle. Le canon de Cheltenham en Angleterre au quatrième siècle. Le canon du synode de Laodicée. Le canon d'Athanase, celui-là même qui correspond à notre Nouveau Testament actuel. Le canon apostolique. Le canon de Grégoire de Nazianze, président du concile de Constantinople. Le canon d'Amphiloque d'Iconium. Le canon du troisième synode de Carthage.

Cette liste n'est pas un détail d'érudition. Elle démontre qu'aucune Église avant le quatrième siècle ne dispose d'une réponse arrêtée à la question simple : quels livres composent l'écriture sainte chrétienne ?

Une tradition fluide, pas une révélation fixée

Les historiens chrétiens eux-mêmes parlent de tradition vivante. L'expression est utilisée pour décrire le traitement du texte néotestamentaire dans les trois premiers siècles. Les scribes copient les uns à partir des autres, les communautés locales sélectionnent les livres qui leur conviennent, les évêques tranchent par consensus ou par autorité. Rien dans ce processus ne ressemble à une transmission contrôlée. Rien n'y indique une préservation miraculeuse. L'image qui s'en dégage est celle d'un corpus malléable que l'Église, progressivement, a refermé par décision d'assemblée.

L'Épître de Barnabé a été lue comme écriture sainte pendant plusieurs siècles dans plusieurs régions. Elle l'est encore dans le manuscrit que les musées et les universités reconnaissent aujourd'hui comme l'un des témoins fondateurs du christianisme. Puis elle a disparu. Le Pasteur d'Hermas, texte cité par Irénée et par Clément d'Alexandrie, a suivi la même trajectoire. Ces exclusions tardives posent une question que le croyant chrétien doit affronter : qui a eu l'autorité de retrancher des livres que la communauté primitive tenait pour révélés ?

Contraste méthodique avec la préservation coranique

Le Coran parvient à ses lecteurs par une chaîne documentée dès la première génération. Rassemblé sous Abou Bakr (qu'Allah soit satisfait de lui), standardisé sous Othman (qu'Allah soit satisfait de lui), il porte la même liste de cent quatorze sourates dans le même ordre du codex othmanien, d'Afrique du Nord au Turkestan. Aucun concile n'a eu besoin de décider quels textes étaient inspirés. Le Prophète ﷺ a transmis ce qui lui a été révélé, les compagnons l'ont mémorisé et consigné de son vivant, la génération suivante a gardé l'intégralité du rasm et l'oralité parallèle des sept ahruf.

La tradition chrétienne reconnaît par ses propres spécialistes qu'elle n'a pas connu ce régime. Le canon néotestamentaire est un produit d'histoire, négocié sur plusieurs siècles, avec des livres admis puis exclus, des titres apposés tardivement, des recueils concurrents, des conciles qui tranchent par vote. Ce constat ne dépend d'aucune hostilité musulmane. Il émane des historiens chrétiens eux-mêmes, Metzger en tête.

Demander au chrétien sincère la base de sa confiance dans le Nouveau Testament revient donc à demander sur quelle autorité il accepte le choix d'Athanase plutôt que celui du Sinaiticus, le rejet du Pasteur d'Hermas plutôt que son maintien, l'attribution d'un évangile à Matthieu plutôt que son anonymat manuscrit. La réponse honnête est : sur l'autorité d'une institution ecclésiale faillible, qui s'est cherchée pendant trois siècles avant de fixer sa liste. Cela n'est pas la Parole divine préservée ; c'est un recueil constitué par décision humaine.

L'échange original

Voir sur YouTube

DawaFR · 7 avril 2026 · ~1 h 30

Partager cet article

À lire ensuite.