Défense

« Allah le trompeur » ? Ézéchiel 14:9 retourne l'accusation

Débat de rue : un chrétien accuse Allah d'être trompeur, le dāʿī rétablit le sens de makr et lit Ézéchiel 14:9 où Yahvé déclare lui-même « j'ai trompé ce prophète »

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Contexte

Lors d'un débat de rue, un prédicateur chrétien de sensibilité KJV-only engage le dāʿī sur la fiabilité du Coran. Après un long détour sur la datation de la Bible, les prophéties de Matthieu 24:34 et la divinité de Jésus, il lance l'accusation classique recyclée sur les réseaux: le Coran décrirait Allah comme le plus grand des trompeurs. Le dāʿī ne se contente pas de défendre: il demande la référence, rétablit le sens arabe, puis ouvre la Bible du visiteur sur deux passages que celui-ci n'a visiblement jamais lus de près.

Déroulé

L'attaque arrive sans référence. Le chrétien affirme que le Coran écrit qu'Allah a trompé les gens au moment de la crucifixion. Première riposte méthodique: où, exactement? Il ne sait pas. Il a entendu dire. Le dāʿī refuse la rumeur: si tu affirmes, tu cites.

Le glissement vers le plus grand trompeur. Le visiteur reformule: le Coran ne dit-il pas qu'Allah est le plus grand trompeur? Le dāʿī répond calmement que non, la formule exacte vient d'une mauvaise traduction. Il propose de lire lui-même, du Coran qu'il a mémorisé.

La lecture de 4:157. Le verset cité par le chrétien de mémoire approximative dit en réalité: Ils ne l'ont ni tué ni crucifié, mais ce fut un semblant. Le dāʿī traduit et replace le passage dans son mouvement logique. Le texte ne dit pas qu'Allah a menti: il dit que les conjurés ont cru crucifier Jésus sans le crucifier réellement. Le sujet de la tromperie prétendue, ce sont eux, pas Dieu. Les comploteurs pensaient saisir un innocent; Dieu a déjoué leur plan.

Le sens exact de makr. Sur 3:54, le mot arabe employé est makr. Le dāʿī corrige la traduction courante: khayr al-mākirīn ne signifie pas le meilleur des trompeurs mais le meilleur des stratèges, le meilleur des planificateurs. Le mot arabe désigne une ruse, un plan caché, neutre moralement: il devient blâmable ou louable selon le contexte. Quand des conjurés trament le meurtre d'un prophète et que Dieu renverse leur plan, ce n'est pas un mensonge, c'est une justice retournée contre l'injuste. Le chrétien admet à voix basse: La meilleure des planificateurs. D'accord.

Le retournement: Jérémie 20:7. Le dāʿī reprend la main. Si la discussion doit porter sur la tromperie divine, ouvrons la Bible du visiteur. Il lit à voix haute, en King James:

Oh Lord, thou hast deceived me, and I was deceived: thou art stronger than I, and hast prevailed.

Jérémie, le prophète, s'adresse à Dieu et Lui dit explicitement: Tu m'as trompé, et j'ai été trompé. Le chrétien tente une esquive: C'est Jérémie qui parle, c'est un homme. La réponse tombe: oui, Jérémie parle, mais il parle à Dieu et de Dieu. Il décrit ce que Dieu lui a fait. Il ne dit pas j'ai été trompé par les hommes: il dit Tu m'as trompé, Toi.

L'accusation retournée: Ézéchiel 14:9. Le dāʿī va plus loin. Il cite alors la référence décisive, celle que le chrétien n'a pas vue venir:

And if the prophet be deceived when he hath spoken a thing, I the Lord have deceived that prophet. Et si le prophète se laisse séduire et prononce quelque parole, c'est moi, l'Éternel, qui aurai séduit ce prophète. (Ézéchiel 14:9)

Cette fois, plus d'ambiguïté: celui qui parle est Yahvé en personne, à la première personne. Le verset est frontal: c'est moi, l'Éternel, qui ai trompé ce prophète. Le chrétien lit, relit, se raidit. Mon Seigneur n'est pas un trompeur. Le dāʿī renvoie: tu viens de lire le contraire dans ton propre texte.

Le coup final. Le dāʿī formule la conclusion sans céder d'un pouce: Comment prendre au sérieux une référence tirée d'une Bible dont le Dieu lui-même admet tromper ses prophètes? Le chrétien ne répond pas. Il bascule sur un autre sujet, la divinité de Jésus, pour sortir du piège. Le public autour comprend: l'accusation qu'il portait contre le Coran, sa propre Bible la prononce noir sur blanc, sans la nuance du mot arabe makr.

Ce qui ressort

  • Deux niveaux de réponse. D'abord la correction linguistique: makr en arabe classique n'est pas la tromperie morale, c'est la stratégie cachée, neutre ou louable selon le contexte. Ensuite le retournement ad hominem: même si on acceptait la pire traduction, la Bible hébraïque dit infiniment plus que ce que le Coran est censé dire.
  • La force d'Ézéchiel 14:9. Ce n'est pas un prophète qui se plaint, comme en Jérémie 20:7. C'est Yahvé qui déclare, en première personne, avoir trompé un prophète. Le français des versions chrétiennes adoucit parfois en séduire ou persuader, mais la King James, celle que le visiteur revendique comme la traduction fiable, emploie deceived.
  • Le critère de cohérence. Une accusation qui se retourne à identité de forme contre l'accusateur, en pire, ne prouve pas que le Coran soit faux: elle prouve que celui qui la porte n'a pas lu son propre texte.

Conclusion

Le prédicateur chrétien quitte l'échange sur une dernière envolée sur la divinité de Jésus, sans répondre à Ézéchiel 14:9. L'objection Allah le trompeur circule sur les réseaux depuis des années comme une évidence; il suffit pourtant d'un chapitre de l'Ancien Testament, lu dans la Bible même du contradicteur, pour que l'accusation se retourne. Le Coran parle en 3:54 du Dieu qui déjoue les plans des conjurés; la Bible, elle, place dans la bouche de Yahvé, en Ézéchiel 14:9, la phrase moi, l'Éternel, j'ai trompé ce prophète. Le verdict de cohérence est sans appel.

L'échange original

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Smile2JannahExtra · 15 avril 2026 · ~24 min

Un dāʿī musulman lors d'un débat de rue·Un prédicateur chrétien KJV-only

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