DéfenseContre Athéisme

Le Coran appelle-t-il vraiment à tuer les non-musulmans ?

Le verset 9:29, souvent brandi comme preuve que le Coran ordonne d'attaquer les non-croyants, a été révélé dans un contexte précis, la rupture d'un traité de paix par les Byzantins, et sa pertinence actuelle tient à l'extraction d'une règle juridique (casus belli), pas à une licence d'agression indiscriminée.

6 min de lecture4 arguments

L'Argument

Le contexte

Lu seul, hors contexte, le verset 9:29 sonne violent : Combattez ceux qui ne croient pas en Allah ni au Jour dernier. Ce n'est pas une objection paranoïaque, c'est ce que dit la lettre du texte à qui le découvre pour la première fois. Commencer par reconnaître cette première impression est honnête.

On me dit que Coran 9:29 vise un temps de guerre. Si c'était pour cette époque-là, le Coran n'a-t-il pas besoin d'être mis à jour ? Et si on ne le met pas à jour, cela ne signifie-t-il pas qu'il est corrompu ?

Le raisonnement

1Le contexte historique précis de Q9:29

Le principe est simple. Quand deux parties signent un traité de paix et que l'une le rompt, la rupture équivaut à un acte de guerre, puisque le pacte initial était précisément un pacte de paix. Faire la guerre engage des civils, qui seront blessés, et les musulmans doivent alors évidemment se défendre. Ce n'est pas un ordre général d'attaquer les non-croyants : c'est une permission de riposter après une agression caractérisée par la rupture d'un traité de paix. La jurisprudence islamique classique pose depuis quatorze siècles que la rupture unilatérale d'un traité de paix rend la réponse armée légitime; le droit international moderne a tardivement rejoint ce principe.

Le verset sœur 9:5. Le même principe se retrouve dans le verset sœur de Sourate at-Tawba (9:5), que l'on cite souvent en parallèle. Ce verset s'ouvre par fa-idhā'nsalakha'l-ashhuru'l-ḥurum, lorsque les mois sacrés auront expiré, une incise temporelle précise qui fixe une situation historique particulière, à savoir l'expiration du délai accordé à des polythéistes arabes qui avaient rompu leur pacte. Le verset qui suit immédiatement (9:6) commande de donner l'asile à tout polythéiste qui le demande, jusqu'à ce qu'il entende la parole de Dieu, puis de l'escorter en lieu sûr. On ne peut pas lire 9:5 sans 9:6, ni 9:29 sans son contexte, chaque fois la permission de combattre est bornée par une règle de protection.

Réciprocité proportionnée (2:190-192). De la même manière, lorsque le Coran en 2:190-192 ordonne le combat, il précise aussitôt : s'ils cessent, alors cessez vous aussi, Allah est Pardonneur, Miséricordieux, et rattache explicitement le combat à ceux qui ont expulsé les musulmans de leurs foyers. Le principe extrait est celui de la réciprocité proportionnée, on riposte à une agression aussi longtemps que l'agression dure, on s'arrête dès qu'elle s'arrête. Au-delà de ces versets, la tradition prophétique fixe les limites éthiques classiques du combat : interdiction de tuer les femmes, les enfants, les vieillards, les moines, de détruire les arbres ou le bétail, d'empêcher un ennemi qui demande refuge.

2Le Coran comme livre historique et théologique

Pourquoi le verset reste-t-il dans le Coran aujourd'hui, alors que sa circonstance est passée? Parce que le Coran est avant tout un livre historique et théologique, et donc un livre qui contient une législation. Le Coran ne se contente pas de raconter l'histoire : il sert à dériver une jurisprudence. La présence du verset est un repère méthodologique.

3Extraction de législation (ijtihad/qiyas)

Le mécanisme classique du raisonnement juridique islamique fonctionne ainsi. Puisque Dieu a permis aux musulmans de combattre les mécréants au moment précis où ces derniers ont rompu le pacte, on peut tirer du verset une législation. De la même manière, lorsque le Messager ordonne ou interdit quelque chose dans une situation donnée, son ordre ne vaut pas seulement pour cette situation : il vaut pour toutes les situations équivalentes. Concrètement, chaque fois que les musulmans ont un pacte avec des non-musulmans et que ce pacte est rompu, on revient au verset 29: Dieu permet la riposte armée, donc la riposte est permise. La règle extraite : quand un pacte de paix est rompu par l'autre partie, la riposte militaire est légitime. Cette règle est applicable à toute époque selon les règles classiques de l'ijtihad islamique.

4La réponse à faut-il mettre à jour le Coran ?

La question implicite est la suivante : si l'on comprend mal le verset, ne faut-il pas le changer? Imaginons un manuel de science qui enseigne la biologie. Si on lit mal une instruction sans avoir mené l'expérience, l'instruction reste correcte; on l'a simplement mal lue parce qu'on n'a pas lu son contexte, et l'on aboutit au mauvais résultat. Le correctif doit-il porter sur l'instruction ou sur la compréhension? Évidemment, on rectifie la manière dont on lit. Quand quelqu'un comprend mal un verset, le problème n'est pas dans le verset mais dans la lecture. La solution est l'éducation au contexte historique et à la méthode classique sunnite (Coran, Sunna, compréhension des trois premières générations), pas la réécriture du texte.

Position islamique

Le cadre coranique du combat. Allah dit lui-même que le combat a été prescrit bien qu'il soit détesté (Coran 2:216), et enseigne que sans la légitime défense armée, les monastères, les églises, les synagogues et les mosquées où le nom de Dieu est souvent invoqué auraient été démolisCoran 22:40. Ce verset est décisif, car il nomme explicitement les sanctuaires des autres religions comme des lieux à protéger par le combat musulman, ce qui ruine toute lecture génocidaire. L'Islam enseigne que les musulmans doivent honorer leurs pactes avec rigueur : Et remplissez l'engagement, car on a à répondre de tout engagementCoran 17:34. Le Prophète ﷺ a honoré tous ses traités, y compris le Traité de Hudaybiyyah, jusqu'à ce qu'il soit rompu par les Quraysh. La jurisprudence islamique classique de la guerre exige de longue date : (1) un casus belli légitime, (2) une autorité légitime, (3) la proportionnalité, (4) la protection des non-combattants (femmes, enfants, vieillards, moines, civils). Q9:29 est intégré à ce cadre, pas au-dessus.

Objections courantes et réponses

Objection
« Mais le texte dit littéralement « combattez ceux qui ne croient pas »
Réponse
Le texte dit plus précisément combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour Dernier, et la asbab an-nuzul (circonstances de la révélation) montre sans ambiguïté qu'il s'agit des Byzantins après rupture de traité. Lire le verset hors de son contexte, c'est comme citer tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens pour accuser le christianisme de génocide : une distorsion méthodique.
Objection
« Alors pourquoi ne pas ajouter une note de bas de page dans le Coran ? »
Réponse
Parce que le Coran n'est pas lu seul, il est lu avec la Sunna et le tafsir (exégèse). Les outils interprétatifs existent depuis 14 siècles. Le problème n'est pas l'absence d'outils, c'est que les critiques ne les consultent pas.
Objection
« C'est une règle pratique pour justifier n'importe quelle guerre »
Réponse
Au contraire, c'est une règle restrictive. Elle exige (a) un pacte de paix préalable, (b) sa rupture effective par l'autre partie, (c) l'autorité légitime pour déclarer la riposte. Sans ces trois conditions, la règle ne s'applique pas. Le critère coranique est d'un autre ordre (révélé) que les doctrines occidentales conventionnelles comme la guerre préventive, qu'il dépasse par sa précision, qui n'exige aucune rupture de traité.
Objection
« Si quelqu'un peut mal comprendre un verset, ce verset est dangereux »
Réponse
Toutes les lois peuvent être mal comprises. La Constitution américaine a été mal comprise pour justifier l'esclavage pendant un siècle. La solution n'est pas de brûler la Constitution mais de l'interpréter correctement. De même pour le Coran.

En résumé

Q9:29 n'est pas un ordre de génocide des non-musulmans. C'est un verset révélé en réponse à une rupture de traité par les Byzantins, dont la règle extraite est que la riposte à une agression est légitime. Cette règle est applicable partout, mais seulement dans son cadre : rupture d'un pacte de paix. Le Coran n'a pas besoin d'être mis à jour ; c'est l'interprétation qui doit être informée par le contexte historique et la méthode juridique classique.

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