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Le hijab est-il un instrument d'oppression des femmes ?

Le hijab est une obligation divine (farḍ) établie par Coran 24:31, 33:59 et 33:53, confirmée par la sunna prophétique et le consensus des quatre écoles sunnites ; l'accusation d'oppression suppose que la femme non voilée serait « libre » alors que la même industrie mesurée (Renée Engeln, Beauty Sick, 2017) documente que les normes esthétiques occidentales contemporaines contraignent tout autant, mais sans cadre divin ni protection.

11 min de lecture

L'argument

Le contexte

Dans le regard occidental moderne, le hijab est souvent perçu comme un signe d'oppression imposé aux femmes par les hommes, par la société ou par la tradition. Cette perception mérite d'être nommée: elle est réelle, elle fonde le rejet du voile religieux dans de nombreux pays, et elle se renforce à chaque cas d'imposition étatique par la force. Ce qui suit n'est pas une négation de cette perception. C'est une proposition de la reconsidérer à deux niveaux: la base scripturale que défend l'Islam, et la comparaison avec ce que le cadre adverse fait réellement subir aux femmes qui le suivent.

Le raisonnement

La base scripturale est directe. Trois versets fondent l'obligation dans le Coran lui-même.

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît, et qu'elles rabattent leur voile (khimār) sur leur poitrine. » (Coran 24:31), Sourate An-Nūr)
« Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles (jilbāb). Cela est plus propre à les faire reconnaître, afin qu'elles ne soient pas offensées. » (Coran 33:59), Sourate Al-Aḥzāb)

Le deuxième verset donne l'asbāb an-nuzūl explicite: la révélation intervient dans un contexte où des femmes musulmanes étaient importunées dans les rues de Médine. Le hijab est institué comme signe de reconnaissance des croyantes qui les protège du harcèlement, pas comme un enfermement. La sīra d'Ibn Hishām rapporte que les femmes musulmanes ont accueilli la révélation avec diligence, Aïcha (qu'Allah soit satisfait d'elle) rapportant dans un ḥadīth authentifié (al-Bukhārī, n° 4758, livre du tafsīr sur An-Nūr) que « lorsque fut révélée la parole d'Allah waliyaḍribna bi-khumurihinna 'alā juyūbihinna, les femmes émigrantes (muhājirāt) coupèrent leurs murūṭ (pagnes) aux bords et s'en couvrirent ».

Définition opérationnelle du hijab. Le consensus (ijmā') des quatre écoles sunnites (ḥanafite, mālikite, shāfi'ite, ḥanbalite) fixe le contenu minimal: couvrir tout le corps à l'exception du visage et des mains, avec un tissu non moulant et non transparent, en présence d'hommes non-maḥram. Le détail des 'awrāt et des conditions de validité est codifié dans les manuels classiques de fiqh (al-Jazīrī, al-Fiqh 'alā al-madhāhib al-arba'a, volume sur la ṣalāt).

La responsabilité commence par les hommes. Le verset qui précède immédiatement 24:31 s'adresse aux hommes en premier:

Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C'est plus pur pour eux. (Coran 24:30)

L'ordre des versets est décisif. Allah n'adresse pas d'abord aux femmes l'obligation de se couvrir parce que les hommes seraient incapables de se contrôler. Il adresse d'abord aux hommes l'obligation de contrôler leur regard. La symétrie des deux commandements désamorce l'objection classique: le hijab n'est pas la conséquence d'un postulat misogyne sur la nature masculine, il est la seconde pièce d'un système à deux obligations.

Qui fixe le critère de la vie épanouie? L'objection arrive avec sa propre conception du bonheur (vivre librement, profiter, montrer ce qu'on veut) et reproche au Coran de la contredire. Reste à savoir qui a le droit de fixer le critère. La réponse coranique: Ne connaît-Il pas ce qu'Il a créé? Et Il est le Subtil, le Parfaitement Connaisseur. (Coran 67:14), Al-Mulk). Celui qui a créé l'être humain est mieux placé que l'être humain pour définir ce qui lui convient. Ce n'est pas un argument d'autorité arbitraire; c'est le principe du concepteur qui connaît son œuvre.

Allah veut la facilité. Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté. (Coran 2:185), Al-Baqara). Les limites divines ne visent pas à punir mais à protéger. Le court terme peut sembler contraignant, le long terme révèle la sagesse.

Le mythe du libre choix occidental. L'objection suppose implicitement que la femme non voilée est une femme qui choisit librement ce qu'elle porte, tandis que la femme voilée obéit. Cette asymétrie ne résiste pas à l'examen. Renée Engeln, psychologue américaine et professeure à Northwestern University, documente dans Beauty Sick: How the Cultural Obsession with Appearance Hurts Girls and Women (HarperCollins, 2017) que les femmes occidentales sont soumises à un régime esthétique contraignant mesurable: heures quotidiennes de maquillage, recours massif à la chirurgie plastique (augmentations mammaires, rhinoplasties, implants fessiers), inconfort physique assumé (talons hauts, corsets modernes, régimes restrictifs), anxiété corporelle chronique chez les adolescentes. L'industrie de la beauté pèse plusieurs centaines de milliards de dollars par an; les interventions esthétiques fatales existent et sont documentées dans la littérature médicale (Aesthetic Surgery Journal et Plastic and Reconstructive Surgery publient régulièrement des études de complications, dont des décès). Parler de libre choix pour ces normes revient à oublier la pression réelle qui pèse en amont du choix.

Le transfert d'autorité, pas l'absence d'autorité. Personne n'est dispensé d'obéir à quelque chose. La femme qui se voile obéit à son Créateur. La femme qui se dénude obéit à l'industrie, aux réseaux sociaux, à la pression sexuelle implicite. La question n'est pas hijab ou liberté, elle est à qui obéis-tu? Entre une norme divine cohérente sur quatorze siècles et une norme commerciale qui mute chaque saison en multipliant les complexes, la rationalité de l'obéissance divine s'évalue sans mystère.

L'objectification du corps féminin est documentée expérimentalement. La psychologue Susan Fiske et ses collègues (Cikara, Eberhardt, Fiske, From Agents to Objects: Sexist Attitudes and Neural Responses to Sexualized Targets, Journal of Cognitive Neuroscience 23/3, 2011) ont montré que chez les hommes ayant des attitudes sexistes hostiles, l'exposition à des images de femmes sexualisées active préférentiellement des zones cérébrales habituellement associées au traitement des outils et objets plutôt qu'à celui des agents humains. Bernard et al. (Integrating Sexual Objectification with Object Versus Person Recognition, Psychological Science 23/5, 2012) confirment expérimentalement, via l'effet d'inversion, que les corps féminins sexualisés sont reconnus selon une logique cognitive d'objets, alors que les corps masculins sont reconnus selon une logique d'agents. Moins une femme est couverte dans un contexte social, plus elle a de chances d'être traitée cognitivement comme un objet. Le hijab déplace la perception du corps vers la personne.

Islam = prévention, pas cure. Le mouvement #MeToo a exposé l'ampleur du harcèlement sexuel au travail et ailleurs. La réponse occidentale est réactive: codes de conduite, portes laissées ouvertes lors des réunions en tête-à-tête, formations anti-harcèlement. L'Islam pose une structure préventive en amont: hommes qui baissent le regard, femmes qui se couvrent, interdiction de la mixité non cadrée. La logique est celle du cadre plutôt que celle du remède: plutôt que d'autoriser l'alcool et de traiter l'alcoolisme, l'Islam interdit l'alcool.

Le hijab n'est pas une imposition de culture arabe. Le Coran affirme (Sourate Al-Ḥujurāt 49:13) qu'Allah a créé peuples et tribus différents pour qu'ils se connaissent. Un Anglais, un Japonais ou un Sénégalais qui embrasse l'Islam n'abandonne pas sa culture. Le hijab n'est pas une tenue arabe spécifique: c'est un principe de modestie (ḥayā') incarné dans les vêtements locaux adaptés. Il n'existe d'ailleurs pas de culture arabe unique: Maroc, Arabie, Soudan et Mauritanie portent des vêtements radicalement différents, tout en étant musulmans.

Position islamique

Le hijab relève du farḍ reconnu par le consensus (ijmā') des quatre écoles sunnites (ḥanafite, mālikite, shāfi'ite, ḥanbalite). Il n'est pas l'un des cinq piliers de l'Islam, et l'absence de sanction terrestre pour la femme musulmane qui ne le porte pas ne le rend pas pour autant optionnel: comme pour d'autres obligations religieuses sans ḥadd juridique (la médisance, l'avarice, l'ingratitude), la responsabilité est devant Allah au Jour du Jugement, pas devant un tribunal humain. Le Prophète ﷺ a dit: « La pudeur (ḥayā') fait partie de la foi » (rapporté par al-Bukhārī).

Le Coran précise en 33:53 que le principe de la ḥijāb (séparation) vaut en premier lieu pour les épouses du Prophète ﷺ comme règle d'approche respectueuse, puis 33:59 et 24:31 généralisent l'obligation vestimentaire à toutes les musulmanes.

Objections courantes et réponses

Objection
« Le hijab opprime les femmes »
Réponse
Qui définit oppression? Si le critère est tout ce qui contraint le corps féminin, la chirurgie esthétique massive, les régimes restrictifs et les talons pathogènes de la mode occidentale tombent aussi sous cette définition. Si le critère est toute norme imposée par une autorité, aucune société humaine n'y échappe. L'Islam pose une norme révélée, cohérente, appuyée par la protection juridique de la femme (mahr, nafaqa, droit à ne pas travailler) et par la responsabilité symétrique imposée aux hommes en 24:30.
Objection
« C'est une coutume arabe imposée »
Réponse
Le Coran célèbre la diversité culturelle (49:13). Le voile existait avant l'Islam dans de nombreuses cultures méditerranéennes et proche-orientales (judaïsme antique, christianisme primitif via Paul en 1 Corinthiens 11:5-6, zoroastrisme). Les Arabes eux-mêmes portent des vêtements très différents selon les régions: le hijab est un principe de modestie, pas un uniforme ethnique.
Objection
« Les femmes veulent juste être libres »
Réponse
La liberté n'est pas l'absence de toute contrainte, sinon la faim et le sommeil nous rendraient esclaves. La liberté humaine est la capacité à choisir à qui on obéit. Celle qui ne peut sortir sans deux heures de maquillage, sans talons douloureux, sans contrôle compulsif de son image est déjà esclave: simplement d'un maître diffus et indifférent. Le hijab transfère l'autorité de la foule à un Maître unique, cohérent et clément.
Objection
« Si le hijab n'a pas de punition prescrite, c'est que c'est un choix »
Réponse
Faux raisonnement. De nombreuses obligations religieuses n'ont pas de peine terrestre fixée (médisance, orgueil, abandon du ṭawāf du pèlerinage pour qui en a les moyens, désobéissance aux parents dans le licite). Elles restent obligatoires. L'absence de ḥadd juridique n'implique pas l'optionnalité: elle implique que la responsabilité s'exerce devant Allah au Jour du Jugement. Le calcul pas de punition donc pas obligatoire confond obligation morale et infraction pénale.
Objection
« Pourquoi les hommes ne portent-ils pas le hijab? »
Réponse
Parce que leur 'awra (partie à couvrir) est définie différemment (minimalement du nombril aux genoux), et parce que la première prescription qui leur est adressée est intérieure: Dis aux croyants de baisser leurs regards (Coran 24:30). Les deux obligations sont asymétriques dans leur forme mais symétriques dans leur logique: chacun porte une discipline adaptée à ce que son corps produit comme fitna (trouble) dans l'espace social, et aucun n'est dispensé.
Objection
« Mais en Iran, en Afghanistan, le hijab est imposé par la police »
Réponse
La contrainte politique étatique n'est pas l'obligation religieuse. Pas de contrainte en religion (Coran 2:256). Le hijab prescrit par le Coran est une obligation personnelle devant Allah, à accomplir par conviction. Lorsqu'un État l'impose par la force, il outrepasse le cadre coranique et transforme un acte de culte en contrainte civile. La critique politique de ces régimes est légitime et distincte de la critique de l'obligation religieuse elle-même.
Objection
« Beaucoup de femmes portent le hijab parce qu'on leur a dit, pas par choix »
Réponse
Beaucoup de femmes occidentales se maquillent, se restreignent alimentairement ou se font opérer parce qu'on le leur a implicitement dit, pas par choix non plus. La transmission culturelle n'invalide pas le contenu de ce qui est transmis, et l'obligation religieuse s'impose au croyant qu'il la ressente ou non comme un choix émotionnel, de la même manière que le jeûne du Ramadan s'impose au jeûneur même les jours où il n'en a pas envie. Le phénomène ethnographique des converties occidentales au hijab, documenté notamment par Jeannette Jouili (Pious Practice and Secular Constraints in the Lives of Muslim Women in Europe, Stanford University Press, 2015), concerne des femmes souvent de classe moyenne éduquée, qui adoptent le voile en pleine conscience des objections libérales et avec une réflexion articulée sur leur foi. Leur cas réfute empiriquement l'idée que le hijab serait incompatible avec une trajectoire intellectuelle éclairée.
Objection
« Refuser la poignée de main est un manque de respect »
Réponse
Refuser la poignée de main dans le cadre islamique est au contraire l'expression du respect. Le geste est un code culturel dont la signification varie: dans de nombreuses cultures asiatiques traditionnelles, on salue sans contact physique. Dans le cadre islamique, le refus est un acte d'honneur qui protège l'espace personnel des deux personnes, et il est compatible avec une cordialité verbale et professionnelle complète.

Références classiques

Versets coraniques: 2:185 (Al-Baqara); 2:256; 24:30-31 (An-Nūr); 33:53, 33:59 (Al-Aḥzāb); 49:13 (Al-Ḥujurāt); 67:14 (Al-Mulk).

Hadith et sīra: al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, livre du tafsīr (commentaire de 33:59) et livre de l'īmān (ḥadīth sur la ḥayā'); Ibn Hishām, Sīrat Rasūl Allāh, récits de la révélation des versets du voile.

Exégèse classique: Ibn Kathīr, Tafsīr al-Qur'ān al-'Aẓīm (commentaire de 24:31 et 33:59); al-Ṭabarī, Jāmi' al-Bayān (mêmes passages); al-Qurṭubī, al-Jāmi' li-Aḥkām al-Qur'ān.

Jurisprudence: ijmā' des quatre écoles sunnites (ḥanafite, mālikite, shāfi'ite, ḥanbalite) sur l'obligation du hijab, synthétisé par al-Jazīrī dans al-Fiqh 'alā al-madhāhib al-arba'a.

Documentation psycho-sociologique: Renée Engeln, Beauty Sick: How the Cultural Obsession with Appearance Hurts Girls and Women, HarperCollins, 2017; Cikara, Eberhardt, Fiske, From Agents to Objects: Sexist Attitudes and Neural Responses to Sexualized Targets, Journal of Cognitive Neuroscience 23/3, 2011; Bernard et al. Integrating Sexual Objectification with Object Versus Person Recognition, Psychological Science 23/5, 2012; Jeannette Jouili, Pious Practice and Secular Constraints in the Lives of Muslim Women in Europe, Stanford University Press, 2015.

En résumé

Le hijab n'est pas une oppression arbitraire. C'est une obligation divine fondée textuellement (24:31, 33:59, 33:53), cadrée symétriquement par l'obligation faite aux hommes de contrôler leur regard (24:30), et justifiée par la protection historique qu'elle offre aux croyantes (asbāb an-nuzūl de 33:59). Le rejeter au nom de la liberté revient à ignorer que la femme non voilée est rarement plus libre; elle a simplement changé de maître, souvent pour un maître moins cohérent et moins miséricordieux. L'article ne prétend pas que toute non-voilée est opprimée ni que toute voilée est heureuse; il pose que le cadre normatif islamique est au moins aussi défendable rationnellement que le cadre normatif occidental, et probablement plus cohérent.

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